COMMENT REPRÉSENTER LES FEMMES NOIRES DE POUVOIR ?

Instagram Amy Sherald
©Instagram Amy Sherald

La question n’a rien d’anecdotique. La récente polémique soulevée par la Une de Vogue affichant Kamala Harris questionne la représentation des femmes de pouvoir racisées. Et ce nest pas qu’un simple débat esthétique.

L’emblématique Vogue, magazine iconique pilotée par la papesse de la mode Anna Wintour suscite la polémique. En cause la Une février présente Kamala Harris dans une tenue décontractée, Converse aux pieds. En fond un long drapé de satin rose qui dégouline sans grâce le long d’un mur tendu de tissu vert. Un travail jugé négligé par de nombreux internautes qui s’interroge au regard des Une habituellement si travaillées.

La photo est jugée de mauvaise qualité, voire floue. Pourtant Tyler Mitchell, 1er photographe noir à avoir fait la une de Vogue avec des portraits de Beyoncé n’est pas un débutant. Par ailleurs, Twitter s’affole face à l’apparence trop “blanche” de Kamala Harris. Un “white washing”, (blanchiment) qui aurait l’ambition d’effacer l’aspect racisé de la Vice Présidente. Comme si le pouvoir ne pouvait s’incarner qu’en monochrome. Effarée par la polémique Anna Wintour, citée par le site La Presse a réagit. “Je ne peux pas imaginer que quelqu’un y voie autre chose que ça, l’image d’une femme en pleine possession de ses moyens qui, avec le président désigné, va apporter à ce pays le leadership dont il a besoin. Pour moi, c’est une affirmation très importante et positive sur les femmes et les femmes au pouvoir”.

Et c’est toute la question de la représentation des femmes de pouvoir racisées qui se pose. Doivent-elles incarner autre chose ou bien se conformer aux codes de l’exercice ? Dans une interview à Slate en 2018, Russell Frederick, le Vice président du collectif Kamoinge présentait une expo photo inédite ntitulée Black Women: Power and Grace. “Il est impératif pour la communauté noire, l’Amérique et le monde des hommes, des femmes et des enfants d’avoir une image respectueuse des femmes noires“. Une étape nécessaire qui invite à réfléchir à la posture adoptée.

Des couleurs symboliques

Parmi les femmes noires leader en politique, Alexandra Ocasio-Cortez donne à voir son quotidien. La plus jeune représentante jamais élue au Congrès américain pilote sa communication sur les réseaux sociaux. Son compte personnel la montre souriante et punchy. Elle interpelle, prend la parole. Elle a une posture de militante. L’élue apparait dans un tailleur blanc lors de sa prestation de serment en janvier 2019. Une couleur symbolique qui détonne parmi les costumes foncés, en hommage aux suffragettes qui portaient du blanc lorsqu’elles manifestaient pour le droit de vote.

Les cheveux, arme politique ?

Les symboles seraient les nouveaux attributs du pouvoir de ces femmes d’engagement. Sybeth Ndiaye, très décriée porte parole du gouvernement Macron fait l’objet de nombreux reproches sur son apparence. Elle est jugée “provocante” en raison de sa coiffure afro et de sa robe à fleurs (coucou Cécile Duflot) qui ne seraient pas conciliables avec une fonction de pouvoir. Les cheveux des femmes noires sont politiques. En apparaissant lors d’une conférence de presse avec une coupe afro, certains internautes y voient une menace. “Parler de Kebab, choisir des tenues complètement décalées, une coupe de cheveux sans coupe etc est fait sciemment. Affirmation de je ne sais quoi ? Elle a oublié qu’elle représente la et que nous la payons”.

Dépoussiérer les codes

Pour son portrait officiel, Michelle Obama dépoussière les normes de l’exercice en faisant appel à Amy Sherald. L’artiste de 44 ans ne travaille que sur des sujets afro américains écrit le Huff. Elle peint les peaux noires dans diverses tonalités de gris rendant les couleurs des vêtements particulièrement vibrants. Elle décrit la first Lady comme “un modèle dans lequel de nombreuses femmes peuvent se voir, quels que soient leur poids, leur taille, leur couleur. Nous voyons le meilleur de nous-mêmes en elle” cite le New York Times à l’époque.

Portrait officiel de Michelle Obama par Amy Sherald

En 2013, Elle fait sa couverture avec Christiane Taubira avec ce titre : “Femme de l’année”. L’ancienne ministre de la Justice est décrite comme une “femme de caractère que rien ne semble faire fléchir”. Une femme politique à la Une est suffisant rare pour que la directrice de la rédaction Valérie Toranian justifie son choix.“Parce qu’elle a défendu avec courage et éloquence la loi sur le mariage pour tous ,parce que son parcours est celui d’une femme qui, jamais, ne baisse les bras et se pose en victime”. Une façon de signifier en creux que les stéréotypes ont fabriqué une représentation des femmes noires faibles et dominées.

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