DES ILLUSTRATIONS SUR LES RÉSEAUX SOCIAUX POUR DÉNONCER LE HARCÈLEMENT DE RUE EN NOUVELLE ZÉLANDE

photo d'illustration femmes à vélo
Photo d’illustration ©david-marcu

L’organisation néo zélandaise “Women in urbanism” a lancé le 3 juillet une campagne pour lutter contre le harcèlement de rue. Revendiquant la place des femmes dans l’espace public, le collectif milite pour une réorganisation de l’aménagement urbain en ce sens.

“Face à l’épidémie de sexisme et de harcèlement quotidiens dans nos espaces publics et dans nos transports en commun”, Women in Urbanism in Aotearoa (Femmes dans l’urbanisme en Nouvelle Zélande) a décidé de réagir. “Nous allons partager des anecdotes de femmes (anonymement) sur leurs expériences de harcèlement dans notre environnement public, dans l’espoir que les responsables les écoutent et commencent à agir, écrit le collectif sur Instagram. Afin que le harcèlement ne soit plus invisible, Women in Urbanism lance cette campagne de témoignages sous le #EndPublicHarassment. Selon leur recherche, 71,4% des femmes ont subi une forme de harcèlement dans un espace public. “Ce qui les amène à éviter certains espaces publics, à ne pas sortir la nuit ou à prendre un taxi plutôt que de rentrer à pied chez elles”.

“Je n’ai jamais oublié ma terreur me demandant si j’allais rentrer saine et sauve chez moi ce soir là”

Sur le compte “womeninurbanism” des illustrations accompagnées d’un court témoignage racontent le harcèlement de rue vécu par les néo zélandaises. L’ambiance pastel, d’une douceur trompeuse décrit le contexte : Une voyageuse sur un quai de gare “J’étais dans un train (…) l’homme en face de moi (…) se leva et se planta en face de moi et commença à se masturber”. Bien que témoins, les autres voyageurs n’interviennent pas. Un autre post dénonce l’agression d’une cycliste. “Alors que j’étais arrêtée au feu, des garçons dans une voiture m’ont tapée sur les fesses et aspergée d’eau”. Une étudiante monte dans le bus. Il est 18h. Là encore elle se retrouve seule face à un homme qui se masturbe. “Je n’ai jamais oublié ma terreur me demandant si j’allais rentrer saine et sauve chez moi ce soir là”.

Réaménager l’espace urbain en faveur des femmes

L’association inclut cette campagne dans un objectif plus large. “Nous sommes convaincues que si nous aménageons l’espace urbain en faveur des femmes, cela est bénéfique pour tous”. Misant particulièrement sur l’inclusion des femmes dans la gouvernance des villes, le collectif intersectionnel dénonce l’absence d’études chiffrées sur le harcèlement de rue “peu pris au sérieux” lors de dépôt de plainte. Julie Anne Genter, ministre des droits des femmes et ministre déléguée aux transports et à la santé a partagé l’initiative sur son compte. “Nous pensons que c’est un problème extrêmement important, qui ne fait pas l’objet de discussions suffisantes, ce qui signifie que nous ne résolvons pas les problèmes de notre environnement urbain qui pourraient améliorer ces expériences”.

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Le harcèlement de rue est un enjeu de mobilité urbaine

Women in urbanism place le harcèlement de rue parmi les enjeux de mobilité urbaine. Les besoins et les modes de déplacement diffèrent selon les sexes. “Cela inclut des problèmes de sécurité plus importants et des schémas de déplacement plus complexes (pour les femmes)”. Par exemple, comment intégrer une succession de trajets habituels : Prendre les enfants, puis faire les courses en sortant du travail. Sur la base d’un questionnaire intitulé “Comprendre les obstacles au transport auxquels les femmes sont confrontées” l’association collecte données et témoignages.

Les espaces publics sont masculins

En France, le géographe Yves Raibaud, auteur de La Ville faite par et pour les hommes (Belin, 2015) rappelle dans une interview au Monde que la domination masculine au sein des espaces publics est un fait généralisé et accepté. “La nuit, on constate une baisse de fréquentation des rues piétonnières de 25 % à 50 % pour les femmes, qui adoptent des stratégies d’évitement”. De son côté, la plateforme d’innovation urbaine Genre et Ville travaille sur un projet européen qui rendra des propositions sur l’inclusion des femmes dans les transports en Europe en 2021. Le Think tank a notamment réalisé des analyses genrées des places du Panthéon et de la Madeleine avant leur réaménagement.

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