AVORTEMENT : 44 ANS APRÈS L’ADOPTION DE LA LOI VEIL LES RÉSISTANCES SUBSISTENT

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Le 17 février 1975 la loi sur l’interruption volontaire de grossesse entrait en vigueur. Dans un climat de grande tension, Simone Veil, ministre de la santé du gouvernement de Jacques Chirac fait aboutir un texte considéré aujourd’hui comme un droit fondamental. Pourtant 44 ans après nombreux remettent en cause les dispositions de la loi.

C’est une autre Simone (de Beauvoir) qui avait mis en garde. « N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question.Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant« . 44 ans après la promulgation de la loi Veil les opposants appellent à un rassemblement le 20 janvier au cours d’une « marche pour la vie ».

Le collectif organise depuis 2005 une manifestation annuelle anti IVG. Aux arguments « pro vie » ces opposants dénoncent « un acharnement politique contre la clause de conscience » des professionnels de santé, et cite particulièrement le docteur de Rochambeau, Le Président du Syndicat national des gynécologues-obstétriciens de France (Syngof) avait déclenché la polémique en déclarant « Nous ne sommes pas là pour retirer des vies ». Des propos qui selon lui traduisaient son inquiétude sur une possible disparition de la clause de conscience.

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S’assurer que l’accès à l’avortement reste simple

Sur cette question l’actuelle ministre de la santé Agnès Buzyn a réaffirmé sa volonté de s’assurer « que l’accès à l’IVG aujourd’hui est toujours aussi simple« . Et a demandé en septembre dernier un état des lieux de l’usage de la clause de conscience. l’INED a recensé 216 700 IVG en 2017, soit 4,4 IVG pour 1 000 femmes âgées de 15 à 49 ans. Les jeunes femmes de 20 à 24 ans restent les plus concernées avec un taux de 26,7 IVG pour 1 000 femmes. La relative stabilité des chiffres depuis plusieurs années (voir tableau) n’empêche pas les détracteurs de la loi de dénoncer cette « facilité d’avorter ».

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Evolution du nombre d’avortements par an

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L’évolution de la loi Veil

L’évolution de la loi Veil s’est poursuivie après sa promulgation et a modifié au profit des femmes certaines dispositions. Ainsi le délai légal est prolongé de 12 à 14 semaines par la loi Aubry Guigou en 2001. Le consentement des parents pour les mineures n’est plus obligatoire, et l’IVG médicamenteuse peut désormais être pratiquée par des gynécologues ou médecins généralistes en cabinet de ville. Le remboursement à 100 % a été acté en 2013 et la notion de détresse a disparu de la loi en 2014.

Si ces conditions améliorent le recours à l’avortement, il faut redire à tous ceux et celles qui imaginent que cet acte puisse être banal qu’il n’en est rien. Simone Veil réaffirmait le caractère exceptionnel de son projet de loi dicté par des questions de santé publique. « Aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l’avortement. Il suffit de les écouter. C’est toujours un drame ».
Faut-il (encore) rappeler que les avortements clandestins avant la loi Veil étaient estimés à 200 000 en 1965 et responsables de la mort de plus de 250 femmes chaque année.

Mais si la France a inscrit l’IVG comme un droit fondamental, l’Europe semble engager dans une attitude conservatrice. Même si l’Irlande a récemment légalisé le droit à l’avortement, celui-ci est limité en Pologne mais et reste interdit à Malte. A Chypre il est illégal sauf en cas de viol ou d’inceste. En Italie 80% des médecins refusent de pratiquer une IVG dans un contexte marqué par l’influence de l’Eglise sur les débats de société.

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