“TU ÉTAIS HABILLÉE COMMENT ?” LA MOBILISATION VIRALE D’UN COLLECTIF FÉMINISTE

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© Caen Street Photography

Le collectif “Sœurcières” s’est mobilisé samedi 11 janvier à Caen pour dénoncer la culture du viol. Avec cette question “Tu étais habillée comment?” les féministes ont interrogé la charge de culpabilité qui pèse toujours sur les victimes de violence sexuelle.

Autour du cou de bénévoles, femmes et hommes, des pancartes portent le témoignage de victimes de viol. “Un homme a tenté de me violer. Mon père m’a dit que c’était de ma faute car j’étais en mini-jupe”. On en est toujours là ? Oui affirme Anna, initiatrice de l’évènement au sein du collectif “Sœurcières”. “J’ai été violée et mon agresseur est passé aux assises début 2018 et il a été acquitté. Au cours du procès on m’a beaucoup reproché ma tenue, on l’a détaillée des pieds à la tête. Est-ce que mon gilet arrivait en dessous des fesses? Ma robe à mi-cuisse ? Est-ce que mes sous vêtements portaient de la dentelle, un string ou un tanga … Est ce que mes talons étaient de 5 ou 7 centimètres ? On a projeté tout ce que portait sur un écran géant”.

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© Maxence Gorréguès/Facebook Sœurcières

Quelques mois après MeToo

Le contexte de MeToo intervenu quelques mois plus tôt est sans effet. Pire pour Anna, la justice est représentée par des femmes. “A aucun moment, la présidente du jury n’est intervenue pour mettre le holà” souffle-t-elle. Cette question est toujours la première posée après une agression sexuelle écrit le collectif sur sa page Facebook. Anna se souvient de l’exposition américaine intitulée “What Were You Wearing ?” organisée en 2017 par le Centre d’Education et de Prévention contre les Agressions Sexuelles du l’Université du Kansas). Elle décide de l’adapter dans l’espace public pour lui encore plus de force.

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© Caen Street Photography

Des milliers de témoignages

Sœurcières recueille des témoignages via les réseaux sociaux et les écrit sur des pancartes. Des bénévoles en choisissent un sur la liste et portent des vêtements similaires à ceux des victimes le jour de l’agression. L’impact est fort et la discussion s’engage avec les passants. Certains réclament des pancartes pour se mêler aux participants. L’action devient virale sur les réseaux sociaux. “On a reçu des milliers de témoignages de personnes qui nous ont contactées pour raconter leurs propre histoire. Beaucoup nous ont dit : c’est la première fois que je parle de mon viol, j’ai lu une histoire sur une pancarte et je me suis dit c’est la même que la mienne, je ne me sens plus seule”.

Je ne vois pas par quel bout prendre les violences faites aux femmes. Très peu de femmes portent plainte parce qu’elles savent qu’elles  n’auront pas de justice. Celles qui portent plainte ont peur, pensent qu’elles ne vont pas être cru et ça c’est un problème.

Anna

Anna revendique la résilience de l’opération pour les victimes tout en interrogeant la responsabilité de la police et de la justice. “On nous assène qu’il faut dénoncer et porter plainte, mais quand on fait ce parcours, il faut assumer le fait qu’on ne nous croit pas. Et surtout que les gens assimilent un classement sans suite, une relax, un non lieu ou un acquittement à l’innocence de l’accusé. Ce qui n’est pas le cas.” Fort de ce succès, le collectif se mobilise pour une action nationale le 14 mars intitulée “Je te crois”. Pour l’heure, Anna poursuit le combat sur le plan judiciaire. Elle vient de faire appel de la décision du Tribunal de Paris qui a reconnu la faute lourde de l’Etat mais ne l’a pas condamné.

Comments · 1

  1. En lien avec votre article sur le consentement et en écho avec l’actualité irlandaise de 2018 (#thisisnotconsent). Plasticienne, des femmes indignées par l’acquittement d’un violeur, ont accepté de prêter un string, ce petit bout de tissu, symbole de culpabilité supposé, que je dessine épinglé ?
    A découvrir la série en cours de réalisation : https://1011-art.blogspot.com/p/thisisnotconsent.html
    Cette série a été présentée à des lycéens, quand l’art contemporain ouvre le débat…

    La série continue ! je fais un appel aux femmes qui souhaiterais me prêter un string pour participer au projet.

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