SOUTIEN AUX AFGHANES : LES MILITANTES DE TERRAIN PRENNENT LA PAROLE

© Hadia Hamdard Kaboul 2008

Depuis la prise de Kaboul par les talibans le 15 août, les militantes s’organisent pour venir en aide aux afghanes et à leur famille. Une pétition en faveur de l’accueil inconditionnel des femmes afghanes ET leurs proches lancée par 6 militantes a réuni à ce jour plus de 30 000 signatures. J’ai Piscine Avec SImone a donné la parole à 3 d’entre elles.

Le groupe Facebook Pour les femmes afghanes ET leurs proches qui réunit 1400 femmes a été lancé le 18 août en réaction à la prise de Kaboul par les Talibans. Marie Bardiaux Vaïente qui en est une des administratrices évoque l’angoisse ressentie à cette annonce. « Les femmes valent moins que le bétail parce qu’elles sont interchangeables. On peut se projeter en tant que femme dans ce qui va arriver à ces femmes et à ses jeunes filles et petites filles ». Avec Nadia Meziane, activiste contre l’antisémitisme et l’islamophobie qui écrit un texte demandant l’accueil inconditionnel des réfugié.es afghan.es, la militante connue pour ses combats abolitionnistes co-crée un groupe « qui a pris très vite de l’ampleur ».

Le pragmatisme répond aux discours géo-politiques tenus par les hommes. « Nous parlions du même évènement mais pas de la même façon » souligne l’historienne de formation. Et c’est bien ce décalage que constate en permanence les femmes qui oeuvrent sur le terrain en France auprès des réfugiés. Agathe Nadami, fondatrice et présidente de l’association les Midis du MIE est investie auprès des mineurs isolés étrangers depuis 2015. Auprès des campements parisiens de Stalingrad, à Jaurès la militante croise de très jeunes afghans arrivés seuls. « Ma mission était de leur trouver des solutions hébergement, je les aidais à faire venir leurs papiers, la taskera (pièce d’identité) du fin fond de l’Afghanistan pour faire valoir leurs droits, et faire en sorte qu’il soit reconnu mineur est pris en charge par l’aide sociale à l’enfance ».

Les mères restées en Afghanistan

Au sein des collectifs qui se constituent, elle croise Marie Laure Malric qui intervient au sein des campements de migrants à proximité de son domicile. « J’ai hébergé un jeune mineur Afghan de 16 ans, ce qui m’a permis de suivre tout le processus d’intégration ». Un long parcours qui commence par l’apprentissage du français, condition sine qua non pour lire un panneau et comprendre les documents administratifs souligne Agathe Nadimi. Dans ces trajectoires jamais ou presque de femmes afghanes seules. « Car la femme a le rôle de celle qui n’est pas partie, donc il est évident que ce combat pour les femmes afghanes est omniprésent car les afghans qui arrivent ont tous laissé une maman derrière eux ». Marie Laure Malric se décrit comme une mère de “substitution” rassurante pour les afghanes avec qui elle échange sur le sort de leurs fils.

Ce lien est aujourd’hui précieux puisqu’il demeure la seule source d’information fiable sur le pays livré aux talibans. Marie Laure Malric reçoit depuis de nombreux mails de femmes afghanes, militantes, journalistes qui n’ont pas toutes été évacuées. Ce sont des appels à l’aide désespérés commente-t-elle, comme le mail de cette étudiante en chimie, appartenant à la minorité chiite hazara. « Elle reçoit des messages de talibans depuis quatre jours et elle est absolument terrorisée. Je ne peux rien faire car elle ne rentre dans aucun critère. Elle a été refoulée à l’ambassade de France alors que des avions revenaient à vide. Mais ce n’est pas une militante, ni une artiste, juste une étudiante qui n’est pas mariée et qui sera la première des cibles des talibans » se désole la militante.

Le durcissement des conditions du statut de réfugié

Comme elle, Agathe Nadami espère que l’Europe puisse se mettre rapidement d’accord sur l’obtention d’un statut de réfugié quasiment immédiat. Un voeu pieux si l’on considère le durcissement des critères depuis plusieurs années. « Aujourd’hui, l’asile est accordé à 60% des demandes émanant des afghans contre 90% il y a quelques années » relève Marie Laure Malric qui précise que la demande d’asile implique de ne plus jamais retourner dans son pays d’origine. « Un déchirement » qui cadre mal avec les commentaires des opposants au droit d’asile. Car s’étonnent les militantes, on parle aujourd’hui de l’accueil de quelques 2500 afghans et de leur famille dans un pays de 67 millions d’habitants. Alors s’indignent-elles comment accepter que l’on parle de flux migratoires.

Comment faire pour se rendre en Iran comment faire pour se rendre au Pakistan ? Les routes sont contrôlées par les talibans et il est presque impossible de sortir du pays et ce trajet là juste pour une femme seule est impossible.

Marie Laure Malric

Des récits de vie

Ces femmes de terrain témoignent de récits de vie qui ne font pas le poids face au tactique de découragement mis en place par les Etats. Agathe Nadami s’inquiète du sort de deux jeunes filles restées coincées en Afghanistan alors que leur famille est en France depuis plusieurs années. « J’ai immédiatement pensé à ces deux jeunes femmes et la crainte du reste de cette famille et j’ai appelé leur mère qui m’a dit qu’ils venaiten de réussir le regroupement familial. C’était le 16 août et les deux jeunes filles qu’ils avaient réussi à retrouver enfin devaient arriver en France via l’Inde vers le 26 août mais les vols ont été annulés ».

Aujourd’hui la fondatrice de l’association évoque l’ambiguïté de l’engagement solidaire qui « fait à la place de l’Etat. Nous agissons par nécessité et dans le même temps cela rend bien service à ceux qui devrait faire et qui ne font pas ». Contrairement aux voeux naïfs et/ou cyniques de Jean Yves Le Drian qui espèrait le 18 août un gouvernement taliban « inclusif », les militantes de terrain ne se bercent d’aucunes illusions. Selon Médiapart, les demandes d’asile des exilés afghans pourraient subir davantage de refus malgré la situation au prétexte que le pays n’est plus en guerre et la paix rétablie.

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