LEVÉE DE FONDS : PAROLES ÉDIFIANTES DE START-UPEUSES

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Brooke Lark/Unsplash

Le collectif SISTA a publié le 10 septembre, le premier baromètre sur les conditions d’accès au financement des femmes dirigeantes de start up. Edifiant ! Toujours pénalisées dans la recherche de fonds, nous avons rencontré 4 d’entre elles.

Le baromètre réalisé par le Boston Consulting Group et le collectif SISTA est sans appel. “les start-ups féminines françaises ont 30% moins de chances d’être financées par les principaux investisseurs”. A l’appui de ce constat, les données de 15 000 start up françaises, britanniques et allemandes. Lorsque les entrepreneuses franchissent ce cap, elles reçoivent des fonds 2,5 fois inférieurs à ceux collectés par les hommes. Une réalité nourrie par les biais de genre. Ophélie se souvient de sa première recherche de financement. “Quand j’ai démarré, je n’avais pas d’associé. J’ai été cherchée des financements bancaires. Avec un capital de 5000€ et je voulais emprunter 30 000€. En face de moi, mon interlocutrice était emballée par le projet. Mais à l’issue de la série de rendez-vous, elle m’annonce que la banque ne va pas me suivre. “Vous êtes une femme et vous risquez d’avoir un enfant”.

C’est la grande mode de parler des valeurs de l’entreprise, mais dès que ce sont des femmes qui en parlent, on considère que ce sont des valeurs de seconde zone.

Siham

“Les biais de marché inconscients”

Un apriori dont témoigne Siham, co-fondatrice d’une start up tech dans l’immobilier. “Nous sommes deux femmes et de plus, mères : un cumul de handicaps dans un secteur très masculin”. Au regard de leur projet participatif, développé au départ au sein d’un grand groupe, on leur suggère de s’orienter vers des fonds ESS (Economique, Social et Solidaire). “Les investisseurs en attendraient moins de rentabilité“. Un argument choquant pour l’entrepreneure. Sandra, à la tête d’une start up de services constate ces “biais de marché inconscients”, alors même qu’elle n’a pas rencontré de difficultés pour lever des fonds. “En revanche, les conditions d’investissement qu’on nous proposent sont moins bonnes. Ce qui explique pourquoi les femmes lèvent moins d’argent”.

La campagne comparative de SISTA qui illustre les chiffres désastreux du baromètre
La campagne comparative de SISTA qui illustre les chiffres désastreux du baromètre

“Comment tu vas faire pour ne pas te planter” ?

Le baromètre souligne qu’une “une startup féminine est valorisée 3,4x moins qu’une startup masculine en France après une série A (2ème tour de table)”. Faut-il intégrer un homme au board pour pour être prise au sérieux ? La solution n’est pas miraculeuse. Sandra, CEO et cofondatrice pilote l’entreprise avec un associé. “C’est visiblement un sujet pour beaucoup d’investisseurs”. La présence masculine les rassure et évite les questions hors sujet. Siham n’évite pas le sujet sur l’organisation de son temps avec des enfants. “On m’a même demandé ce que pensait mon mari de mon projet ?”. Sandra encaisse “Comment tu vas faire pour pas te planter”? alors qu’on dit à un homme “Comment tu vas faire pour y arriver”

Les business angels

Ce parcours de combattantes croise le chemin de business angels, investisseurs qui interviennent en phase d’amorçage. “Certains déploraient mon manque d’ambition” constate Ophélie dont la jeunesse constitue un obstacle. Elle oublie les baskets et les jeans pour ses rendez-vous et s’associe à un homme (par choix), mais elle continue toujours à assurer les pitchs en solo. Les business angels féminins ne sont pas nécessairement épargnées par les comportements stéréotypés. Sandra se souvient de sa rencontre avec l’une d’elle. “Elle était heureuse de me recevoir parce que j’étais la première femme CEO qu’elle recevait” ! Mais elle conclut l’entretien par “je pense que tu vas te planter” !

La recherche d’autres types de financement

Pour financer le développement de leur start up, les entrepreneures optent alors pour d’autres stratégies. Déplorant une perte d’énergie stérile pour si peu de résultats, certaines choississent d’autres types de financement. Julie, entrepreneure solo, à la tête d’un réseau féminin est en recherche récurrente de lieux partenaires pour organiser ses meet up. “Je suis à un carrefour. Est-ce que je m’associe, est ce que doit rechercher du ‘love money’, faire des campagnes de crowfounding” ? Privilégiant l’autofinancement, Siham a choisi de passer par le crowdlanding (prêt collaboratif pour aider des petites et moyennes entreprises à se développer) et s’appuie sur sa communauté. Au bout du compte, Sandra estime que le système est délétère. “Les produits développés le sont donc avec une vision masculine”.

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