LE MONDE D’APRÈS MIS À MÂLE

La Une sexiste du Parisien
La Une sexiste du Parisien

La une du Parisien ce week end affichant 4 hommes de plus de 50 ans pour nous expliquer le futur a fait hoqueté la toile. Une performance à l’égale de la double page de Paris Match où la guerre sanitaire ne rassemble que des hommes autour du Président. Un mauvais signal qui ne passe pas du tout.

Est ce que les rédactions de ces médias seraient restées enfouies dans une grotte depuis #MeToo ? C’est la question qu’on peut se poser à la lecture du Parisien qui affiche les visage de 4 hommes. “Ils racontent le monde de demain”. Pas n’importe qui : Thierry Breton, commissaire européen, 65 ans, Axel Kahn, généticien, 75 ans, Yascha Mounk, politologue, 37 ans et Jean Jouzel, climatologue, 73 ans. Pas la moindre femme sur cette une qui parle d’un futur dont elles seront visiblement exclues, sans doute parce qu’elles manquent d’imagination ?

Les réactions ont été vives sur les réseaux sociaux, taclant la Une qui n’envisage le futur qu’à l’aune d’un monde dont les femmes sont toujours majoritairement exclues. Face à la bronca, le directeur des rédaction du Parisien, Stéphane Albouy a présenté ses excuses. “Vous avez été nombreux ce matin à critiquer et relayer la Une de notre journal où ‘le monde d’après’ était exclusivement dessiné par des hommes. Vous avez raison. Il s’agit là d’une maladresse qui n’illustre en rien la ligne éditoriale du Parisien”. Un “rappel à l’ordre” lancé par de nombreuses internautes.

Une juste représentation de la société

MediaClubElles qui milite pour une juste représentation des femmes dans les médias a risposté sur Twitter en dégainant une Une revisitée avec 4 femmes. Delphine Horvilleur, rabbin, Aurélie Jean, numéricienne, Esther Duflo, économiste spécialiste de la pauvreté, Wangari Maathai, prix Nobel de la paix 2004. Une autre Une détournée met en avant un éboueur, une femme médecin, un livreur. Les visages de celles et ceux qui font tourner la France en ce moment, pas des experts blancs de plus de 50 ans.

Une “maladresse” pour parler du monde d’après

Cette “maladresse” trouve un écho dans Paris Match. L’hebdo livre une double page intitulé “Conseil de guerre” qui réunit les scientifiques à l’Elysée. Pas de femme autour de la table, alors qu’elles sont en première ligne et majoritaires dans les services de réanimation. Les femmes sont toujours associées aux soins (charge mentale comprise). Mères nourricières, enseignantes, protectrices, ces fonctions ne sont pas compatibles avec l’exercice du leeadership. Afficher ces postures guerrières et choisir des hommes influents excluent d’emblée les citoyen.ne.s dans le monde d’après.

Il ne s’agit pas seulement d’un déni de parité, mais un profond mépris pour tout ce qui n’est pas produit par l’establishment. Après cette crise sanitaire beaucoup espère retrouver le monde “d’avant” en se disant : on l’a échappé belle ! Reprenons le cours de nos vies. Un questionnement posé par Grandes Ecoles au Féminin. “Parce que le monde d’aujourd’hui est aussi symbolique que celui “d’après” (…) – quid de la représentativité de ce conseil de guerre ?”.

Une mission gouvernementale

Face au tollé sur les réseaux sociaux, Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, a demandé à Céline Calvez, députée des Hauts de Seine de mener une mission sur la place des femmes dans les médias en période de crise. “Les femmes représentent 52% de la population. Elles sont dans l’action mais doivent aussi pouvoir être partie prenante de la réflexion. On ne saurait analyser le monde, même et surtout en période de crise, sans la moitié de celui-ci, ou même avec une moindre participation et représentation des femmes”.

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