L’ACTRICE AMÉRICAINE LAURA DERN RÊVE DE CINÉMA EUROPÉEN

Laura Dern à Deauville by @David Lefranc 2017
Laura Dern à Deauville by @David Lefranc 2017

©David Lefranc 2017

L’actrice réalisatrice et productrice américaine Laura Dern poursuit une filmographie iconoclaste. A 50 ans et avec une soixantaine de films au compteur la muse de David Lynch (Blue Velvet, Sailor et Lula,Twin Peaks)  a retrouvé cette année son mentor pour la saison 3 de Twin Peaks et s’est embarquée dans l’aventure Star Wars 8 : Les derniers Jedi bientôt à l’affiche. Invitée d’honneur du Festival du Cinéma Américain de Deauville la fille des acteurs Bruce Dern et Diane Ladd raconte ses sources d’inspiration, sa vision du cinéma où l’Europe reste un modèle et ses projets. Extraits.

 

  • Ses inspirations

Pourquoi y a-t-il aujourd’hui tellement d’acteurs et d’actrices qui deviennent metteur en scène ou producteur ? Eh bien je crois que c’est parce qu’on tombe amoureux de l’art de raconter des histoires. Les lignes se brouillent un peu quant à la manière de la raconter. Ce dont j’ai vraiment envie c’est d’arriver à raconter une histoire et si on a la capacité de le faire d’une manière un peu différente qu’en étant acteur ou actrice, à ce moment là on a envie de faire le grand saut et de se lancer. En tant que productrice j’ai beaucoup travaillé avec des réalisateurs extraordinaires. Je viens de le faire avec Big little lies ( Nicole Kidman, Reese Whiterspoon). On est tous à la recherche de ce nouveau modèle de la narration. Que ce soit en tant qu’actrice ou metteur en scène je pense que notre source d’inspiration principale est les grands maîtres, ces maestros qui ont une voix unique.

  •   La question de l’égalité salariale homme femme débattue à Hollywood

Comme vous le savez ma mère était actrice. (Diane Ladd) Et toute ma vie j’ai entendu parler de cette question de l’inégalité de traitement entre les hommes et les femmes. Mais c’est quelque chose qui touche absolument tous les secteurs. Ce n’est pas spécifique aux acteurs et aux actrices. Mais on entend de plus en plus parler aux Etats Unis de cette question de comment respecter les femmes. J’ai eu la grande chance d’écouter il y a quelques années le Dalaï Lama en personne à New-York et il a dit que son plus grand maitre était Mao Tsé Toung. J’ai trouvé incroyable de penser que celui qui vous maltraite  est votre plus grand maitre de manière à ce que vous puissiez parler en quelque sorte plus fort que lui. Plus nous sommes confrontés à ce défi plus on va se faire entendre pour réclamer l’égalité de traitement, de respect. Personnellement je me considère privilégiée de faire ce que j’aime et j’ai été élevé par des femmes très solides, très fortes et si ma grand-mère n’a pas réussi à faire ce qu’elle aime, moi je peux le faire.

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Et en même temps c’est quelque chose de complètement fou quand on pense que Meryl Streep a été payée 1/5 ème du salaire de Johnny Deep avec le même nombre de jours de tournage ! On voit bien tout le travail qui reste à faire. J’aime ce que je fais mais en même temps je suis une mère et il faut savoir que l’argent ça peut servir et j’espère que les femmes pourront obtenir cette égalité de salaire pour faire ce qu’elles aiment plus facilement et mieux.

 

 

Uh, guys, #TwinPeaks has a new time slot: 8pm on Sundays

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  • L’évolution du cinéma américain depuis Blue Velvet (1986)

C’est un peu comme en politique. C’est toujours en train de changer mais ça n’évolue pas forcément dans le bon sens. Ce sont plutôt des cycles qui se succèdent. Dans les années 90 quand j’étais enfant je voyais mes parents qui s’engageaient dans des films faits par des cinéastes révolutionnaires. Et puis on a vu apparaître de nouveaux types de blockbusters et la manière de faire des films a aussi changer. Aujourd’hui on est dans un nouveau monde qui s’ouvre surtout pour le cinéma indépendant et ça passe avant tout par la télévision câblée. Et cet espace donne plus d’autonomie aux réalisateurs et aux acteurs car on mise moins sur leur succès que dans le cinéma. On a cette nouvelle génération qui a plus d’espace pour expérimenter, oser faire des choses un peu comme dans les années 70 de ce point de vue là quand David Lynch a fait Twin Peaks les gens qui regardaient la télévision et ne connaissait pas ses films au cinéma disaient “c’est incroyable on a jamais vu un truc pareil à la télé “ Aujourd’hui David Lynch refait un épisode de Twin Peaks et mon fils de 16 ans le voit pour la première fois et dit “c’est incroyable je n’ai jamais vu un truc aussi dingue !”  Et c’est formidable de voir depuis deux générations de spectateurs que David Lynch est le réalisateur le plus radical qui continue à filmer aujourd’hui.

  • Un film culte

Ce matin pendant qu’on me maquillait et coiffait j’ai parlé à des personnes qui ne l’avaient pas vu de Hiroshima mon amour (Alain Resnais 1959) et de Amour (Michael Haneke 2012). Dans les films les plus récents Amour est un des films qui m’a le plus marquée avec des acteurs français incroyables. Chez les français il y a plus de courage pour s’attaquer à des sujets qui aux Etats-Unis font un peu peur et surtout dans le cinéma français il y a des histoires qui sont créées pour les femmes. C’est quelque chose qu’on commence à peine à faire aux Etats-Unis. Dans le cinéma américain il y a deux choses qui font peur : l’âge et le vieillissement et la douleur. Amour de ce point de vue représentait quelque chose de très important pour moi. Les gens disent toujours “ah non je ne peux pas voir ça, c’est trop douloureux !” Mais l’immense cadeau que nous fait ce film c’est de nous dire que dans la douleur on est pas seul.

  • David Lynch

Je parlerais d’une espèce de foi innée en lui et en même quand je suis avec lui. Et aussi cette conscience qu’il n’y a pas de limite dans l’art. Et puis il y a aussi cette capacité de trouver de l’humour dans des situations les plus absurdes, les plus douleureuses ou les plus folles.

  • Star Wars 8

Comment voulez vous dire non à une proposition pareille ? A 7 ans j’étais avec ma lampe en train d’essayer de refaire Star Wars dans ma chambre d’enfant. En plus être sur le plateau de Star Wars ça ressemble furieusement à être sur un plateau avec David Lynch. On regarde autour de soi et on se demande ce qui est en train de se passer. On y comprend rien ! J’aime beaucoup le réalisateur Rian Johnson car tout commence avec le réalisateur. Il est radical et à plein d’idées dans sa manière de raconter une histoire. Et là d’une manière iconique et mythologique ! Dans la famille de Star Wars la productrice Kathleen Kennedy est très exigeante quant aux personnages féminins.

 

 

Je suis déjà en train de travailler mon français, je suis juste un peu timide pour l’instant mais je rêverais de travailler dans le cinéma européen

 

  • Ses souhaits cinématographiques

Pourquoi est ce que je n’ai pas appris l’espagnol ? Parce que j’aurais supplié Almodovar de me donner un rôle. Ca semble incroyable que je ne puisse pas travailler avec lui ! Si je suis dans le monde de David Lynch pourquoi je ne serais pas dans celui d’Almodovar et de ses femmes que je n’ai jamais oubliées. Et puis il y a mon très cher ami Alexander Pain avec qui j’ai déjà tourné et j’espère qu’on fera davantage d’histoires ensemble. Paul Thomas Anderson ( avec qui elle a tourné The Master – 2012) … En fait ce sont des gens que je connais déjà mais j’en veux davantage. Je sais qu’ils me connaissent en profondeur et je sais qu’ils vont faire de moi quelqu’un de meilleur encore.

 

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