FÉMINICIDES : LES FAMILLES DE VICTIMES CRÉENT UNE ASSOCIATION

UNFF_Logo_Ronde

Le collectif “Féminicides par compagnon ou ex” qui recense les meurtres de femmes par conjoint en France est à l’initiative de la création de l’Union Nationale des Famille de Féminicide (UNFF). L’association qui vient en aide aux familles de victimes veut porter leurs voix pour obtenir des mesures concrètes. Sandrine Bouchait et Hélène de Ponsay, Présidente et Vice Présidente de la nouvelle entité évoquent les mesures urgentes à prendre.

Sandrine Bouchait et Hélène de Ponsay se sont rencontrées sur le groupe privé Facebook mis en place par le collectif Féminicides par compagnon ou ex”. Toutes deux ont perdu leur sœur victime de féminicide.”On peut parler librement de ce qui nous est arrivé, de ce dont on a besoin et de l’aide qu’on peut apporter. L’association est née de cette initiative” explique Sandrine Bouchait. Et du “manque d’accompagnement prévu pour les familles” constate Hélène de Ponsay. Une solidarité s’est créée entre les membres du groupe et a rapidement souligné le désarroi éprouvé par les familles, qu’il soit d’ordre émotionnel ou juridique.

Les familles sont au cœur du Grenelle

Les familles inscrites dans les 11 groupes de travail constitués pour le Grenelle des violences conjugales n’ont pas toutes été recontactées. “Il ne faudrait que les familles déçues pensent que leur parole est oubliée” note Hélène de Ponsay qui pour sa part, est intervenue dans les groupes prévention et violence psychologique. Ce dernier étant pour chacune d’elle primordial. “Nos deux sœurs étaient dans ce cas. Il n’y avait pas eu de dépôt de plainte ni de violences physiques préalables constatées”. Sandrine Bouchait estime que la place des familles est centrale dans le dispositif du Grenelle et que l’association doit porter de manière forte leurs revendications auprès des institutions.

Sandrine_Bouchait Présidente de l’UNFF

L’accueil dans les commissariats

La première d’entre elle concerne l’accueil dans les commissariats. La présidente de l’UNFF conteste la proposition d’audit pendant un an sur les dysfonctionnements d’accueil. “Le Grenelle coute extrêmement cher et tout cet argent aurait pu être utilisé autrement dans la protection des femmes. Pour l’audit, ils n’ont qu’a venir nous voir ! On peut en parler de la défaillance de la police, de la gendarmerie. Il suffit juste d’aller voir les familles, pas besoin d’un audit. C’est un an de perdu, pendant ce temps, d’autres femmes vont mourir!” s’indigne Sandrine Bouchait. Faut-il encore rappeler que refuser de prendre une plainte est illégal ? Pour faire respecter cette obligation, l’association prévoit que les refus soient sanctionnés. Et que des formations soient très rapidement mis en place pour que les plaintes soient prises au sérieux.

On nous dit que le port du bracelet va être mis en place, sauf que dans cette loi, on nous annonce que on va demander à monsieur qui est violent si il veut mettre le bracelet*. J’ai envie de répondre au gouvernement : Est ce qu’on a demandé à ma sœur et à toutes ces femmes qui sont mortes si elles voulaient mourir ? A un moment donné il faut arrêter de jouer sur la présomption d’innocence.

Sandrine Bouchait

Le signalement à l’école

Autre axe de réflexion, le signalement en milieu scolaire. Le groupe de travail prévention conduit par l’Education Nationale s’intéresse à l’impact des violences conjugales sur les élèves et leurs parcours. “L’école est un lieu de perception de ce qu’un enfant peut vivre à la maison en terme de violence conjugale. Aujourd’hui, les écoles représentent 35% des signalements. C’est une très grosse part, mais il y a une inégalité territoriale terrible car selon les parquet, les signalements sont traités avec plus ou moins de sérieux” développe Sandrine Bouchait. En terme de prévention, outre la formation des personnels, l’association souhaite travailler sur la communication non violente pour faire évoluer les comportements.

Helene_de_Posay Vice-Présidente de l'UNFF
Hélène de Posay Vice Présidente de l’UNFF

Eduquer

L’UNFF envisage des cycles de conférences avec des spécialistes et des interventions dans les écoles “Il faut expliquer aux enfants dès le plus jeune qu’un petit garçon a le droit de pleurer, de jouer à la poupée et qu’il n’est pas la pour se bagarrer. Chacun doit respecter le corps de l’autre, la parole de l’autre” poursuit Hélène de Ponsay. Une proposition sur le long terme qui a le mérite de placer l’enfant au cœur du sujet des violences conjugales. C’est tout particulièrement le souhait de Sandrine Bouchait dont la sœur Ghylaine (34 ans) a été immolée par son compagnon devant leur fillette de 7 ans.

La question de l’autorité parentale

Lorsque le Premier Ministre propose une éventuelle suspension de l’autorité parentale en cas de féminicide, Sandrine Bouchait réagit. “Il faut une mesure de déchéance ! Il faut vraiment penser à protéger les enfants. Pour l’instant ce sujet est encore très frileux mais il faut s’y atteler. Et c’est une mesure que nous allons défendre fortement”. En cause, l’obligation alimentaire que pourrait réclamer le père meurtrier à ses enfants. “Pour ma nièce, je ne perçois rien du père et je ne veux rien de lui ! Et quand bien même ce serait possible, il ne pourrait rien payer. Mais l’obligation alimentaire légale fait que ces enfants leur sont redevables plus tard. C’est inadmissible ! Je veux qu’ils soient déchus de l’autorité parentale et de facto déchu également de l’obligation alimentaire, ce qui n’est malheureusement pas le cas aujourd’hui”. L’association souhaite aussi défendre les intérêts des enfants dans leur future vie de jeunes adultes.

Laisser un commentaire

*

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.