CONTRE LE SEXISME : LES ÉTATS GÉNÉRAUX DES FEMMES JOURNALISTES

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Inédits, les premiers états généraux des femmes journalistes lancés à l’initiative de l’association féministe “Prenons la Une” se tiendront samedi 13 avril à la Cité des Sciences et de l’Industrie à Paris dès 9h. Une journée pour écouter la parole des journalistes victimes de sexisme et de discrimination dans les rédactions mais aussi pour amorcer des solutions concrètes avec des ateliers de réflexions. A l’issue de cette journée de mobilisation, des cahiers de doléances sera remis aux pouvoirs publics et aux directions des rédactions. Nous avons posé quelques questions à Léa Lejeune, présidente de “Prenons la Une”.

Quelle est la genèse de ces états généraux ?

Prenons la Une existe depuis 2014. On a été très inspiré par le collectif 50/50 pour les femmes dans le cinéma. L’été dernier, elles ont réuni des femmes qui travaillaient dans le cinéma à des postes très différents autour de la table pour faire remonter les revendications concrètes. dont l’une nous intéresse beaucoup. Il s’agit d’un bonus pour les productions qui respectent la parité aux postes de direction. Au sein de Prenons la Une nous avions besoin d’entendre d’autres femmes journalistes, d’autres vécus, d’autres expériences, d’autres revendications. Nous avons commencé à monter ces états généraux en octobre dernier. A la recherche d’un lieu nous avons obtenu la Cité des Sciences grâce au Ministère de la culture après la ligue du LOL. Ce nouveau sursaut qui mettait en lumière le sexisme dans les rédactions. Ont suivi l’affaire du Washington Post, de France Info qui montrent que le sexisme est très prégnant. Cela donne encore plus de légitimité à l’événement.

Comment expliquez-vous que rien ne soit sorti jusqu’à maintenant ?

Il y a eu deux ou trois faits de harcèlement sexuel qui sont sortis depuis MeToo. Anne Seurat Dubois, Astrid Devillaines. Mais, ce qui a été montré avec la ligue du LOL c’était aussi en quoi cela participait à un système, en quoi ce sexisme dans les rédactions pouvait paraître parfois s’installer dans l‘impunité et continuer des années et des années et passer sous le tapis. Certaines de ces personnes faire de belles carrières alors que leurs victimes restaient dans des situations de précarité. La ligue du LOL n’est qu’un exemple.

Est ce que des mécanismes de sororité au sein des rédactions pourraient être une solution pour rompre l’isolement des victimes ?

Tout à fait. Notre association peut se porter co partie civile pour les victimes qui ont vécu des cas de harcèlement sexuel ou d’agression sexuelle sur leurs lieux de travail. Pour nous l’écoute, l’entraide et la sororité effectivement font partie de nos valeurs fondamentales. C’est aussi le cas à Libération. Les femmes du journal suite à certaines révélations de la ligue du LOL et à la constatation que la direction était très majoritairement masculine se sont réunies dans des groupes, pour l’instant non mixtes, pour échanger sur leur vécu et envisager de quelle manière faire progresser le bien-être dans les rédactions. Elles sont aussi dans une démarche concrète de sororité. Un certain nombre d’initiatives sont en train de se constituer et on les soutient totalement.

Vous allez remettre un cahier de doléances aux pouvoirs publics, qu’est ce que vous en attendez ?

Je pense que les pouvoirs publics peuvent aider sur des mesures très concrètes. Accorder un bonus d’aide à la presse pour les rédactions qui respectent la parité aux postes de directions. En période de crise de la presse, l’argent est un bon moyen de motiver. Ensuite il existe avec le CSA un décompte des prises de parole de femmes dans les médias réalisé par toutes les radios et chaines de télé, ce qui n’est pas le cas dans la presse écrite et la presse web. Un organisme pourrait avoir cette fonction. Les pouvoirs publics pourraient aussi agir en créant un fond spécial pour les congés maternité de femmes pigistes car c’est un statut très compliqué. Ça existe aujourd’hui pour les intermittents du spectacle grâce au collectif des Matermittentes. C’est quelque chose que Marlène Schiappa peut défendre.

Enfin, la dernière chose qui nous paraît importante c’est qu’il y ait un cours sur le sexisme dans les rédactions, et qu’il soit mis en place de manière systématique, une fois par cursus, pour des étudiants en journalisme. C’est quelque chose qu’on demande depuis 5 ans et les directions des écoles de journalisme doivent s’en saisir. Toutes les mesures qui vont émerger de ces états généraux seront surtout adressées aux directions des rédactions. C’est aussi à elles de faire une partie de ce travail pour améliorer l’égalité professionnelle dans un pays où la presse est libre.

On a l’impression que les directions de rédaction étaient en retrait sur ces questions ?

On a remarqué quelles avaient une difficulté à se saisir de ce sujet. Et à mettre en œuvre des mesures concrètes. Nous demandons depuis longtemps qu’il y ait un référent dans chaque rédaction, un représentant du personnel par exemple qui s’occupe des questions de harcèlement sexuel, d’agressions sexuelles. Mais il y a aussi des choses positives qui sont faites. Médiapart a fait un audit sur l’égalité professionnelle. Ils ont une égalité salariale quasi parfaite entre hommes et femmes. Il existe des rédactions qui font des efforts très concrets et il faut le souligner.

Comment avez-vous réagi aux licenciements intervenus dans les rédactions suite aux révélations de la ligue du LOL ?

On ne juge pas les décisions prises par les rédactions. On salue juste le fait qu’il y ait eu des réactions. Cela montre que ces comportements ne sont pas acceptables aujourd’hui. 

Qu’attendez vous de la journée de demain ?

On attend à la fois un grand mouvement d’écoute et d’entraide entre femmes journalistes, beaucoup d’entre elles ont besoin de parler de ce qu’elles ont vécu. Il y a 350 inscrites demain. Ensuite des solutions concrètes qui pourraient être reprise par le ministère s’il le souhaite. Nous diffuserons les cahiers de doléances avec l’ensemble des propositions pertinentes recueillies dans les ateliers auprès du ministre de la culture et des directions des rédactions.