BIBLIOTHÈQUE IDÉALE : “SOIF” LE NOUVEAU ROMAN D’AMÉLIE NOTHOMB EST LE LIVRE DE SA VIE

Amélie Nothomb

Le vingt-septième opus de l’autrice belge, Amélie Nothomb est un roman philosophique et poétique. “Soif” est l’un de nos coups de cœur de la rentrée.

Depuis la publication de “Hygiène de l’assassin” en 1992, chaque rentrée de septembre apporte de façon métronomique une nouvelle brique littéraire dans l’œuvre de la romancière belge. Le monde de l’édition a ses stars comme le sport, le cinéma, la musique, et Amélie Nothomb y brille en bonne place.

A l’instar d’un membre éloigné de la famille que l’on ne croise qu’à l’occasion des grand-messes tribales, codifiées et prévues de longue date, les retrouvailles avec Amélie Nothomb sont attendues et redoutées.
Attendues, car son écriture force l’émerveillement. Une simplicité qui cache une maitrise de la langue hors norme et une culture abyssale. La limpidité du propos confère à ses récits une réelle expérience sensorielle digne des plus grandes tables.

Jésus, humain au corps incarné

Redoutées, car Amélie Nothomb est humaine et parfois le cru automnal n’a pas la robe ni le bouquet espéré. Comment en serait-il autrement en vingt-sept années de carrière? L’autrice au chapeau offre cette année, un très grand cru, un millésime qui restera dans les annales de son oeuvre : Soif.
Jésus est à la veille de sa crucifixion. Le lecteur est le témoin de son monologue intérieur. Dès la sentence de Pilate, il se retrouve seul dans une cellule où il y passe sa dernière nuit. Le sommeil tarde à venir. La peur monte. Jésus l’humain au corps incarné, a vécu sa vie d’homme, a connu les émotions et les sentiments. Jésus reste le fils de Dieu. Dieu ce père cruel et tyrannique. Jésus accepte. Tout. Même la douleur du chemin de croix, même les clous dans la chair, même la douleur insoutenable.

Avant l’incarnation, j’ai peu de souvenirs. Les choses m’échappaient littéralement : que retenir de ce que l’on n’a pas ressenti? Il n’y a pas d’art plus grand que celui de vivre. Les meilleurs artistes sont ceux dont les sens détiennent le plus de finesse. Inutiles de laisser une trace ailleurs que dans sa propre peau.

Un coup de foudre héroïque

L’autrice a deux ans et demi lors de sa première rencontre avec Jésus. Et dès lors, elle n’aura de cesse d’écrire un jour à son propos. C’est un coup de foudre héroïque. A cinquante ans passé il était temps de s’y mettre. Sa grande question étant “pourquoi Jésus a-t-il accepté la cruxifiction?”. Le propos du livre est né de cette incompréhension qu’elle estime inexplicable. La question du martyr, le sacrifice suprême sont incompatibles avec sa conception de l’amour.

Il y a des gens qui pensent ne pas être des mystiques. Ils se trompent. Il suffit d’avoir crevé de soif un moment pour accéder à ce statut. Et l’instant ineffable où l’assoifé porte à ses lèvres un gobelet d’eau, c’est Dieu. C’est un instant d’amour absolu et d’émerveillement sans bornes. Celui qui le vit est forcément pur et noble, aussi longtemps que cela dure. Je suis venu enseigner cet élan, rien d’autre. Ma parole est d’une simplicité telle qu’elle déconcerte. C’est si simple que c’est voué à l’échec. L’excès de simplicité obstrue l’entendement.(…)

L’élan du corps

Roman en marge des thèmes chers à l’autrice, son aspect philosophique est indéniable. Ce Jésus regarde les hommes dont il a pansé les plaies, le fustiger lors de son procès. Il partage ses doutes et ses faiblesses, car lui aussi a péché par orgueil et a vécu une histoire d’amour avec Marie Madeleine. Pour alléger la douleur qui l’attend, il refuse de boire, il imagine qu’en haut de La Croix, la soif l’aidera à supporter cette cruauté inventée par l’homme, créature de son père. Depuis Platon, on nous a appris la haine du corps tout en divinisant l’esprit, alors que l’éveil ne vient que de l’élan du corps. Un roman proche de la notion de “pleine conscience”, courant qui s’est fait connaître en France par la voix de Christophe André. Pour Amélie Nothomb, l’écriture déclenche cet effet méditatif et mystique.

“Soif” d’ Amélie Nothomb, Albin Michel, 162p., 17,90€.

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