BIBLIOTHÈQUE IDÉALE : AKI SHIMAZAKI, L’AUTRICE DISCRÈTE

Extrait couverture Maimaï d'Aki Shimazaki
Extrait couverture Maimaï d’Aki Shimazaki

Alors que vient de sortir le dernier opus de sa 3e pentalogie, Maïmaï, la “Bibliothèque idéale”, vous invite à découvrir une autrice au style épuré, d’une discrétion hors-normes dans notre société sur- médiatisée : Aki Shimazaki. Une femme qui pense que “beaucoup d’écrivains rêvent d’être connus, moi c’est le contraire. Pour moi un écrivain, ça écrit”. Les femmes tiennent un rôle central dans la majorité de ses 15 romans, courts, d’une grande retenue émotionnelle. Une belle plongée dans la condition des genres et des générations, au Japon.

Lors d’un passage à Paris, il y a 10 ans, enfer et damnation, je n’ai pas de livre dans mon sac ! Même si j’en avais eu un, je me serai arrêtée dans une librairie, car je vis une addiction sévère à l’objet. Je suis au Bon Marché. Depuis un moment, je promène mon regard au rayon littérature étrangère, sans me décider. Par hasard, je demande au jeune homme qui range des ouvrages s’il aurait un conseil à me donner. Il s’enquiert de mes goûts et après un échange animé, me propose une autrice québécoise d’origine japonaise : Aki Shimazaki.

Une pentalogie

Pour la modique somme de cinq euros, je vais vivre un moment passionnant, entrer dans l’univers du Japon d’après-guerre, sa culture, ses rites, et ses non-dits. Car Aki Shimazaki, fait partie de ces romancières qui favorisent la phrase courte, minimaliste pour faire monter l’émotion. L’opposé de Proust en somme. La première pentalogie (cycle romanesque articulé autour de 5 récits) “Le poids des secrets” s’est clôturée en 2009. Je peux tous les engloutir en quelques jours. Les personnages sont attachants, leurs histoires et celle du pays s’entrecoupent, d’un livre à l’autre. Je suis conquise.

Un roman écrit en français

Aki Shimazaki née en 1954 à Gifu, Japon, immigre au Canada anglophone en 1981. Elle arrive à Montréal dix ans plus tard et démarre l’apprentissage du français en 1995. Pourtant, le livre que je tiens entre mes mains a été écrit en 1999 en français ! En seulement quatre ans, elle maitrise suffisamment cette nouvelle langue pour abandonner la sienne dans ce qu’il y a de plus intime : le langage et l’écriture. Je suis éblouie.

Tout le monde doit trouver sa solution pour faire quelque chose de sa vie. Moi ça a été l’écriture, et j’en ai de plus en plus besoin. Je ne peux arrêter, sinon je perds mon équilibre.

Son style s’inspire du mouvement “Watakushi Shôsetsu”. Elle écrit à la première personne, expose le coté obscur de la société ou de la vie. Une autofiction plein de finesse, de retenue qui se sert de l’euphémisme pour laisser de l’espace à l’imaginaire de ses lectrices. Ce sont des histoires réalistes. Souvent des histoires de couples ou de famille dans ce Japon empreint de codes séculaires, de respect jusqu’à l’oubli de soi.

Des récits qui se lisent aussi séparément

Aki Shimazaki construit un genre à part entière. Ses pentalogies se lisent comme une oeuvre cohérente dont chaque récit peut se déguster dans le désordre, comme un tout, unique. “Au cœur du Yamato” couvre le Japon des années 70 avec quelques flash-backs en lien avec le premier cycle “Le poids des secrets”. Autrice primée à de nombreuses reprises, Aki Shimazaki, s’exprime avec délicatesse sur le sujet inépuisable de l’énigme psychologique humaine. A découvrir si elle ne fait pas déjà partie de votre bibliothèque.

Maïmaï, Aki Shimazaki, Acte Sud – 15€

Retrouvez les conseils de lecture de Sophie Lizoulet sur son groupe Facebook “Lire, le voyage immobile”.

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