APPELEZ JILL BIDEN “DOCTEUR”

Dr Jill Biden

Une tribune du Wall Street Journal a mis en cause la future first Lady sur un terrain on ne peut plus misogyne. De manière condescendante, le journaliste a tenté de discréditer son titre de docteur, alors que Jill Biden est bien titulaire d’un doctorat en science de l’éducation. Anodin ? Pas tant que ça.

La nouvelle administration américaine est déjà pointée du doigt. Pour sa politique internationale, son (ré) adhésion aux accords de Paris sur le climat ? Que nenni ! C’est la femme du président élu qui en fait les frais au prétexte qu’elle utilise le titre de docteur. Un sacrilège pour l’auteur de la tribune du WSJ qui dans une longue diatribe pleine d’aigreur disqualifie le titre qu’elle a obtenu à l’âge de 55 ans. “Un petit conseil sur ce qui peut sembler petit mais qui, à mon avis, n’est pas sans importance. Pourriez-vous laisser tomber le “Dr” avant votre nom ? “Dr. Jill Biden” sonne et semble frauduleux, pour ne pas dire un peu comique”.

Le discrédit du doctorat à défaut de la doctorante

Pourquoi tant de haine ? Sans doute parce que le rédacteur ne peut arguer que d’un doctorat honorifique avec une licence de l’Université de Chicago. Sur quelques paragraphes il développe le fait d’avoir été appelé docteur lui aussi, tout en estimant que le titre avait perdu de son prestige. “(…) celui-ci a été diminué par l’érosion du sérieux et l’assouplissement des normes dans l’enseignement universitaire en général, en tout cas en dehors des sciences. Obtenir un doctorat était alors une procédure ardue” avant d’asséner, “Un homme sage a dit un jour que personne ne devrait s’appeler “Dr” à moins d’avoir mis un enfant au monde“. La manoeuvre pathétique de la disqualification du diplome est une sortie machiste désespérée lorsque les compétences validées sont inattaquables.

Une menace

Et c’est bien le cas de Jill Biden qui a suivi un cursus classique de doctorante en publiant sa thèse sur les besoins des étudiants des “Community colleges” (établissement post bac avec un cursus de 2 ans moins cher que les universités américaines). Voilà donc une tare impardonnable. La journaliste Sarah Olson Michel écrit dans Medium “Le fait que Biden ait étudié l’éducation – qui a si longtemps été le rôle des femmes dans la société, un domaine inférieur à celui des hommes – mais qu’il ait obtenu un diplôme assorti d’un titre de respect est menaçant“. Car elle favorise l’accès aux études à tous ceux qui ne sont issus de l’élite – sous entendu des universitaires, des hommes d’État, des artistes et des scientifiques qu’il cite dans l’un de ses paragraphes – .

La récurrence de la corrélation établie entre “féminisation” et “dévalorisation” d’une profession, contraste avec l’hétérogénéité des domaines concernés.

Extrait La feminisation d’une profession est-elle le signe d’une baisse de prestige ?
Marlaine Cacouault-Bitaud

Des normes culturelles

Au delà du sexisme crasse de cette tribune que l’éditeur s’est empressé de justifier par la volonté “d’ouvrir le débat” (?), la question qui peut paraitre futile fait appel ailleurs, à des normes culturelles. L’Allemagne en est un bon exemple. Un article de Rue 89 en 2014 expliquait : “Ce titre revêt une haute importance sociale : déclaré à l’état civil, il accompagne la personne toute sa vie. Un peu à la manière d’un titre de noblesse, ceux qui le portent exigent la reconnaissance sociale.” Les Frau Doktor et Herr Doktor affichent leur titre sur les boites aux lettres, leurs cartes de visite… Si le titre prête à sourire au Portugal où il est courtois de nommer ainsi tout ceux qui ont fréquenté l’université, les “Phd”, appelation anglo saxonne du du doctorat sont un signe d’excellence.

Dénigrant le titre même de docteur honorifique qu’il porte, le signataire de l’article ne peut s’empêcher de se discréter lui-même. “Des hommes riches se sont inscrits sur les listes, généralement dans l’espoir qu’ils feraient des dons d’argent aux écoles qui leur avaient décerné leurs diplômes honorifiques. Des journalistes de télévision célèbres, qui se faisaient passer pour intelligents, ont suivi. Les artistes, qui ne se donnaient pas la peine de feindre l’intelligence, étaient les suivants”. A quelle catégorie peut-il bien appartenir ?

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