AGISME : LE POUVOIR DES RIDES

le pouvoir des rides
illustration ©Unsplash

Depuis l’article de Susan Sontag sur le double standart du vieillissement défavorable aux femmes, la question de l’âge est toujours évaluée sous le prisme de la perte de valeur. Les exemples d’agisme sont légions mais n’ont pas une portée universelle Le média Vox souligne un phénomène qui touche prioritairement les femmes blanches.

Dans une industrie cosmétique qui pèse 200 milliards de dollars, parler des rides n’est pas superficiel. Ce stigmate du vieillissement permet de conforter des parts de marché et une injonction féroce à rester jeune quoi qu’il en coûte. Déjà dans l’Egype ancienne souligne Vox, les femmes rivalisaient d’ingéniosité pour lisser l’aspect de leur peau en utilisant des acides producteurs de collagène. Bien après le lifting et le boxtox comblent rides et aspiration à la jeunesse éternelle.

Cependant, le confinement a obligé à se passer de ces artifices et à combiner rides et cheveux blancs, faute de coiffeurs. A ces contraintes le boom des visio conférences ont renvoyé plus surement qu’un miroir la vérité de notre âge. Ashton Appewhite, militante anti agisme, autrice de This Chair Rocks : A Manifesto Against Ageism estime que la pandémie « a mis à nu les préjugés ». Car la population âgée a été la plus contaminée par le virus et stigmatisé par les plus jeunes définit comme « génération sacrifiée ».

Le vieillissement des femmes noires

La crise sanitaire pourrait toutefois contribuer à redéfinir le vieillissement en célébrant « la chance d’atteindre la vieillesse » écrit Vox. L’idéal de la jeunesse portée par des actrices de plus de 50 ans répondant aux critères de jeune femme mince et blanche n’a pourtant pas valeur universelle, même si les médias commencent à représenter des corps plus divers, les mannequins plus âgées restent majoritairement blanches. Le processus de vieillissement serait-il apprécié différement lorsqu’il s’agit de femmes noires interroge Vox.

« Les communautés noires et les autres communautés de couleur ont des conversations et des croyances sur le vieillissement et le corps qui divergent des messages négatifs transmis par les médias grand public » explique le magazine qui cite Afiya Mbilishaka, psychologue clinicienne. « Les grands-mères ont un statut de pouvoir très particulier dans les familles noires ». Un statut valorisant qui fait de la vieillesse des femmes des exemples à suivre sans angoisse pour les générations suivantes. « Vieillir n’est pas perçu de la même façon au sein de nos culture. Ce n’est pas la fin de quelque chose contrairement à la perception courante dans les cultures blanches et occidentales. Prendre de l’âge n’est pas signe de déclin mais de respectabilité et d’expérience. Nos aînées ont toute leur place dans nos interactions » confirme Axelle Jah Nijké, autrice et productrice des podcasts Me My Sexe and I et de La fille sur le canapé.

L’agisme un stéréotype blanc ?

« Nous avons l’habitude de voir des femmes plus âgées dans nos environnements dès notre plus jeune âge, et leur ressembler un jour n’est pas source d’angoisse. Les messages négatifs transmis par les médias blancs sur ces questions n’ont pas (ou très peu) d’impact sur ces constructions » poursuit la féministe. Une inspiration culturelle qui met à mal l’idée que le visage des femmes vieillissants devrait être « réparé ». Des actrices montent au créneau pour refuser ces diktats. Kate Winslet, héroïne de la série « Mare of Esttown » a exigé que la production retouche son image sur les affiches avec cette punchline. « Les gars, je sais combien de lignes j’ai sur le côté de l’œil, remettez-les toutes, s’il vous plaît » !

Dézoomer au contact des expériences vécues par des femmes issues d’autres cultures permettraient de s’affranchir plus légèrement d’une société patriarcale, hétérosexiste et capitaliste où, les rides et les signes de vieillissement sont présentés comme un problème explique à Vox Ashton Applewhite militante contre l’agisme, autrice de This Chair Rocks: A Manifesto Against Ageism. Une proposition que soumet également Axelle Jah Nijké. « Ce serait bien pour les femmes banches de se décentrer (penser que leur préoccupations en la matière serait propre à toutes les femmes) et d’observer comment des femmes d’autres cultures abordent ces questions. Placer ça au cœur de leur réflexion, et non en périphérie, car il est  possible que l’appréhension faite de ces questions par les “autres” que nous sommes rapport à elles, recèle de belles et innovantes pistes d’inspiration et de libération ».

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