QUI ÉTAIT TONI MORRISON L’UNIQUE AUTRICE AFRO AMÉRICAINE PRIX NOBEL DE LITTÉRATURE ?

Toni Morrison ©Christopher Drexel
Toni Morrison ©Christopher Drexel

Décédée lundi 5 août 2019 à l’âge de 88 ans, Toni Morrison a exploré l’histoire des afro américains au travers de ses 11 romans. Lauréate du prix Pulitzer en 1988 et du prix Nobel de littérature en 1993, la descendante d’une famille d’esclaves laisse une oeuvre protéiforme, ultime réponse à l’Amérique suprémaciste blanche.

Née Chloé Ardelia Wofford le 18 février 1931 à Lorain dans l’Etat de l’Ohio, la romancière, essayiste et lauréate des plus prestigieux prix littéraires a appris à lire à 3 ans. Ce souhait n’était motivé que par l’envie d’écrire. “Cela vient de cette passion de la lecture” explique Toni Morrison dans un entretien avec Laure Adler. L’autrice a embrassé tardivement sa carrière d’écrivaine. “J’ai lu et lu et lu et lu jusqu’à l’âge de 39 ans, puis il y a eu un livre que je voulais lire et que je ne trouvais pas, alors je l’ai écrit”. Toni Morrison ajoutait volontiers “J’étais mariée à un architecte, j’avais deux enfants. Vous connaissez beaucoup d’écrivains qui ont des enfants ? “

Chloé devient Toni

Née dans une petite ville sidérurgique, Toni Morrison est la fille d’un ouvrier soudeur et d’une femme au foyer. La politique ségrégationniste est omniprésente. “Ses parents étaient également farouchement résistants aux influences extérieures” rappelle The Guardian en 2012. Tout particulièrement son père qui lui donna une leçon qu’elle n’oublia jamais. “Va bosser (chez les blancs), gagne ton argent et rentre chez toi. Tu n’habites pas là-bas.” Boursière, Chloé, devenue Tony par sa conversion au catholicisme (diminutif d’Anthony) étudie les lettres et enseigne l’anglais à l’université d’Etat de New York. En 1964, elle devient éditrice chez Random House. Aux côtés des biographies de l’activiste Angela Davis et du boxeur Mohamed Ali, elle publiera une anthologie d’écrivains noirs, The Black Book (1973). “l’édition c’est autre façon de lire une œuvre” confesse-t-elle.

Le langage de l’oppression représente bien plus que la violence ; il est la violence elle-même ; il représente bien plus que les limites de la connaissance ; il limite la connaissance elle-même.

Discours de réception du Prix Nobel 1993

Un premier roman à 39 ans

Elle écrit The Bluest Eye, son premier roman alors qu’elle est mère célibataire avec deux enfants. Elle se lève tous les matins à 4h pour y travailler avant d’aller bosser. “Si elle se sentait découragée, elle pensait à sa grand-mère, qui avait fui le sud avec sept enfants et aucun moyen de subsistance. Toute panique existentielle – à propos de ses revenus, de ses perspectives d’écrivain, de sa disponibilité en tant que mère – s’est évaporée face à la nécessité quotidienne” relate The Guardian. Le livre raconte l’histoire d’une jeune noire qui rêve d’avoir les yeux bleus. On y trouve tous les thèmes qu’elle déclinera dans l’ensemble de son oeuvre, la violence, les traumatismes et le rejet. Elle explore toute l’histoire des noirs américains à travers toutes les époques.

Beloved, prix Pulitzer

Beloved, prix Pulitzer 1988 qui fondera sa notoriété en France s’inspire d’un fait divers. Le roman raconte l’histoire de Sethe qui tue sa fille pour qu’elle échappe à sa condition d’esclave. “L’idée de Beloved qui porte sur la détermination de cette femme à avoir le contrôle sur ses enfants est un acte révolutionnaire.(…) En même temps que le processus d’écriture, Il y avait le mouvement féministe qui naissait et défendait la position selon laquelle la véritable liberté était de ne pas avoir d’enfant, de pouvoir avorter légalement et donc de pouvoir avoir une contraception” poursuit-elle avec Laure Adler. “Ecrire des romans c’est faire apparaitre les gens ordinaires qui ne sont pas dans les livres d’histoire” déclare Toni Morrison à Télérama en 2012.

“Souligner la blancheur” de l’Amérique

Soutien de la candidature de Barack Obama qui lui remettra la médaille présidentielle de la Liberté (la plus haute distinction civile américaine), l’écrivaine avait réagit à l’élection de Donald Trump dans une tribune publiée dans le New Yorker. “Tous les immigrants aux États-Unis savent (et savaient) que s’ils veulent devenir de vrais Américains authentiques, ils doivent réduire leur allégeance à leur pays d’origine et le considérer comme secondaire, subordonné, afin de souligner leur blancheur. À la différence des autres pays d’Europe, les États-Unis considèrent la blancheur comme la force unificatrice. Ici, pour beaucoup de gens, la définition de “l’américanité” est la couleur”.

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