14 JUIN : GRÈVE GÉNÉRALE DES FEMMES EN SUISSE

Grève nationale des femmes suisses 14 juin
© Collectif genevois de la Grève des Femmes

Ce vendredi 14 juin, les suissesses cesseront toute activité pour une grève générale. Les collectifs mobilisés revendiquent une réelle égalité des droits dans tous les domaines de la vie personnelle et professionnelle. Malgré la loi fédérale sur l’égalité de 1995 (Leg), la société suisse peine à évoluer. Ayari Felix Beltrametti, membre du collectif genevois co-organisateur de la grève témoigne de l’état patriarcal de son pays.

Au pays du secret bancaire, de la neutralité et du chocolat, les femmes sont (quasi) invisibles. Discriminations salariales, temps de travail partiel, assignation aux taches domestiques, violences conjugales, sexisme … Les raisons de la colère des suissesses sont nombreuses. La Confédération Helvétique est pointée du doigt sur l’ensemble des questions liées aux droits des femmes. Alors même que la loi sur l’égalité s’engage à “promouvoir dans les faits l’égalité entre femmes et hommes”, les Suissesses ne voient toujours rien venir. “Depuis la grande grève de 1991, il y a eu l’inscription de l’égalité dans la Constitution entre homme et femme, le droit à l’avortement mais cela ne s’est pas concrétisé dans les faits. Il y a toujours une inégalité salariale de 20% par rapport aux hommes” s’indigne Ayari Felix Beltrametti, 38 ans, cheffe de projet pour la ville de Genève.

43% d’écart salarial inexpliqués entre les femmes et les hommes

Il y a de quoi ! Les chiffres de l’Office Fédéral de la Statistique, repris dans le manifeste en 19 points rédigé par les Collectifs romands pour la grève féministe et des femmes sont éloquents. 583,50€ représente la part injustifiée de l’écart salarial entre les hommes et les femmes, soit 43% ! Une aberration dans un pays qui a érigé la “votation” en principe démocratique. Les collectifs cantonaux appellent “à faire du bruit” pour que cessent les inégalités sexistes de toute nature. “Nous en avons assez ! Nous ne sommes ni respectées, ni rémunérées selon les normes fixées par la loi. Dans la rue et au travail, le sexisme atteint nos vies, nos corps. Suissesses, immigrées, réfugiées, quelle que soient la couleur de notre peau, notre orientation sexuelle, notre statut social et notre âge, nous sommes exposées à des violences et discriminées d’une manière ou d’une autre” écrivent les organisatrices sur la page Facebook. 

Trop de temps partiels pour le travail des femmes

Pourtant la première grande grève du 14 juin 1991 avait mobilisé 500 000 suissesses, un exploit pour un pays peu habitué aux manifestations de rue. A l’époque, déjà, les revendications salariales étaient prioritaires. La loi fédérale sur l’égalité qui en découle reste cependant peu contraignante. “Il n’y a aucun levier, ni contrôle, ni sanctions pour les institutions publiques et les entreprises privées. Dans le canton de Fribourg, on constate des inégalités assez importantes où des femmes pour les mêmes types de poste vont avoir des salaires inférieurs, sous prétexte qu’elles ont un cahier des charges différents, c’est typiquement un des cantons les plus catholiques et les plus rétrogrades du pays !” constate la représentante du groupe Culture de la grève. Une situation propice aux discriminations, notamment en cas de congé maternité. “il y a beaucoup de femmes qui arrêtent de travailler après le 1er enfant ou qui passent à des petits temps partiels (82,3% des femmes selon la RTS). Mais l’économie est aussi très rétrograde. Il n’y a pas des vrais temps partiels pour des cadres intermédiaires ou des cadres supérieurs. Ce sont des jobs alimentaires pour garder un petit pied dans le monde du travail”.

il y a encore une mentalité hyper rétrograde par rappport à la conciliation entre la vie familiale et vie professionnelle qui pénalise aussi les hommes.

Revoir le parcours professionnel des femmes

Et c’est toute la vie financière des femmes qui s’en trouve affectée. Avec une longévité supérieure à celle des hommes, les suissesses trainent une précarité générée par le système du temps partiel dévolu aux femmes. Conséquence, “A l’âge de la retraite les femmes perçoivent 40% de moins par rapport aux hommes“. Dans une société suisse très patriarcale, il est bien vu que les femmes restent à la maison. “L’inégalité de genre pénalise tout le monde, les hommes sont aussi victimes de ce système qui les pousse tout le temps à être performants, forts … Ils ne peuvent pas laisser la place à des moments de fragilité, ni endosser un rôle de père hyper présent sans se faire stigmatiser d’une part et sans précariser la famille entière d’autre part, car quand il faut choisir celui qui passe à temps partiel, c’est celui qui a le salaire le plus bas et donc en général c’est la femme”.

Un des piège du patriarcat est de mettre en concurrence les femmes sur des sujets comme la beauté, la capacité de séduire … pour servir les valeurs masculines. Notre mouvement brise cà. Il crée une solidarité transversale qui va bien au delà ! 

“Aller au plus proche niveau de proximité”

La grève nationale irriguera l’ensemble de la Suisse avec des coordinations par régions linguistiques. L’idée est de mailler l’ensemble du territoire des grandes ville aux plus petites communes. “Tout est coordonné mais extrêmement décentralisé pour aller au plus proche niveau de proximité . L’idée est de dire à ma voisine est ce que tu viens faire le pique nique avec moi et les enfants et ensuite on va au cortège” explique Ayari Felix Beltrametti. L’ambition de cette manifestation vise aussi à créer une solidarité transversale entre les femmes. Mais au delà de la prise de conscience sociale et des exigences de parité salariale, il faut d’abord travailler sur le parcours professionnel des femmes pour éviter qu’elles ne deviennent des retraitées précaires insiste la membre du collectif genevois.

Après la grève

Les collectifs se donnent un an pour travailler sur l’ensemble des questions figurant dans le manifeste. En 2020, la grève générale sera reconduite pour ne pas faire retomber la pression sur les politiques. Les élections municipales auront lieu aussi dans un an, le timing idéal pour soutenir des candidates qui militeront pour ce changement. “Nous irons voir les conseillers d’Etat, les exécutifs communaux pour obtenir des accès gratuits à la culture, aux sports ou plus ouverts aux femmes, notamment la culture institutionnelle souvent destinée aux classes aisées” liste la chargée de projet. Mais il s’agit aussi de faire évoluer la société par le biais de l’éducation. “Nous allons exiger que les livres d’histoire représentent mieux les femmes et les mouvements féministes qui sont complètement effacés”. Par ailleurs, souligne Ayari Felix Beltrametti, l’occupation de l’espace public dès le plus jeune âge dans la cour de l’école est révélatrice. “La place des filles sous le préau, c’est assise sur le banc ou dans l’ère des petits jeux, mais pas dans le grand espace du terrain de foot.” Elles ont décidé de bousculer les règles du jeu !

Programme et infos sur la page Facebook

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