ANÉMONE : COMIQUE, POPULAIRE ET ENGAGÉE

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L’actrice et scénariste est décédée à 68 ans. Entre gouaille et propos cash, Anne Bourguignon pour l’état civil s’était effacée devant Thérèse, la très populaire héroïne du “Père Noël est une ordure”. Avec un engagement peu commun, Anémone était inclassable.

César de la meilleure actrice en 1988 pour son rôle de Marcelle dans “Le grand chemin”, Anémone avait connu la notoriété grâce à son personnage de Thérèse au côté de Thierry Lhermitte dans “Le père Noēl est une ordure”. Avec la troupe du Splendid, elle avait enchainé les comédies à succès, (“Ma femme s’appelle reviens” de Michel Blanc, “Le mariage du siècle” de Philippe Galland) mais déplorait l’étiquette qui lui collait à la peau. Dans un entretien à Télérama en 2017, elle confiait “Comme j’étais étiquetée comique, pour les gens, j’étais forcément moche. Et comme j’étais drôle, on me trouvait vulgaire. C’est pourtant beaucoup plus difficile de jouer la comédie que le registre dramatique”. Se rêvant à la Comédie Française, la comédienne cultivait une franchise rare dans ce milieu.

Une militante

En décalage avec le monde pailleté de la notoriété, elle râlait à France Culture, “A partir du moment où je suis devenue connue, ça a commencé à sérieusement moins m’amuser parce qu’on vous jetait le scénario à la gueule, les costumes aussi et on passait son temps à parler pognon, ce qui m’emmerde profondément.”  Elle préférait s’indigner sur les tracas du monde. Chacune des ses interviews était l’occasion de coups de gueule sur les sujets de société. Ecolo de la première heure, Elle racontait avec humour ses combats écologiques à Thierry Ardisson en 1992. Ses engagements n’étaient pas une posture. Porte-parole de l’association alter mondialiste Attac en 2002, elle avait participé au premier Forum social de Porto Alegre. Fustigeant les années fric, elle prédisait au journal Le Soir en 1990, dans une interview citée par Courrier International “une belle explosion de la société. Il y a un mur de Berlin entre les riches et les pauvres en Occident.”

Féministe

Née dans une famille bourgeoise, Anémone ne rentrait pas dans le moule des conventions sociales, quitte à choquer. Mais d’une rare sincérité, lorsqu’elle évoque ses maternités non désirées. “”Moi, je ne voulais pas d’enfants. Il y avait une pression sociale très forte. On vous fait passer le message que si vous n’avez pas d’enfants, vous n’êtes pas une femme.” expliquait-elle à France Info. Sujet tabou, son questionnement précurseur des combats féministes d’aujourd’hui, elle évoquait sans ciller sa détestation de la domination des mâles bien avant #MeToo. “Si l’économie politique était aux mains des femmes, ça irait beaucoup mieux. Les hommes n’ont pas le cerveau pour ça. La gestion de l’espace, ils peuvent. Mais pour le reste, ils nous mènent au désastre” rapporte Le Temps, citant un article du Soir de Bruxelles.

Désabusée

Anémone était montée régulièrement sur les planches jusqu’en 2011 avec cette dernière pièce “Grossesse Nerveuse” mise en scène par Philippe Hersen, dans laquelle elle interprète une grande bourgeoise. A l’affiche de “Jacky au royaume des filles” (2014), “Rosalie Blum” (2016) et “la Monnaie de leur pièce” (2018), la comédienne avait pris officiellement sa retraite le 22 décembre 2017. Dans une interview au Parisien, elle confiait prendre sa retraite en attendant la fin du monde. “Tout ce qu’est devenu le monde me gonfle sérieusement”(…) Y en a plus pour longtemps”.

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