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LES GUERRILLA GIRLS TOUJOURS ACTIVISTES CONTRE LE SEXISME DANS LE MONDE DE L’ART

Guerilla girls à l'assaut du sexisme dans le monde de l'art
Guerilla girls à l’assaut du sexisme dans le monde de l’art

Depuis 30 ans  les activistes anonymes du collectif “Guerrilla girls” investissent tous les champs de la culture. Leur combat ? la lutte contre le sexisme dans le monde de l’art. A leur disposition, humour et slogans percutants pour faire bouger les lignes machistes de la culture. Sous  leur masque poilus de gorille, ces artistes ont débuté leur combat il y a trente ans à New-York. Elles continuent à se battre pour une meilleure représentativité des femmes dans tous les lieux d’expositions et de culture aux Etats-Unis et en Europe.

Le collectif se forme en 1984 suite à l’exposition organisée au MET et intitulée “An International Survey of Painting and Sculpture”. Vaste état des lieux de l’art contemporain, le musée new-yorkais présente le travail de 169 artistes dont seulement 13 femmes. Devant le peu d’intérêt de leur indignation manifestée aux portes de l’institution culturelle new-yorkaise, les fondatrices, « Kathe Kollwitz » et « Frida Kahlo », pseudos empruntés à des artistes féminines du passé, adoptent une stratégie percutante. Campagne d’affichage joyeuse et colorée s’accompagne de slogans chocs dans les rues de la grosse pomme. L’un des plus célèbres “Do Women have to be naked to get in Met. Museum ?” (les femmes doivent-elles être nues pour avoir leur place au MET) répond à un triste décompte. Le musée présente moins de  5% d’oeuvres d’artistes féminines, mais 85% de nus féminins.

Utilisant des données chiffrées qu’elles ne cessent de collecter dans les musées, les membres produisent affiches, auto-collants, illustrations et flyers. Elles signent leur activisme contre le sexisme non seulement dans les musées, mais dans les galeries et auprès des critiques d’art et collectionneurs. Le monde artistique dans son ensemble est la cible des guerrillas girls. Dans une interview accordée au New-York Times le 5 août 2015, Frida Kahlo explique l’état d’esprit de l’époque.

Je pense que beaucoup de femmes et d’artistes de couleur pensaient qu’elles ne correspondaient pas à ce que recherchait le monde de l’art. Elles ne réalisaient pas qu’en réalité le système ne voulait pas de nous.

Ce constat dépasse largement le monde de l’art dans un contexte politique dominé par le conservatisme de l’administration Reagan. La contestation des Guerrilla girls s’inscrit plus largement dans un combat pour le droit des femmes. Un féminisme intersectionnel revendiqué à grand coups de happening, de banderoles, de conférences et de tracts dans les musées. Frida Kalho rappelle dans un article publié par lesnouvellesnews.fr que lorsqu’elle se plaignait dans les musées de la sous représentativité des femmes de couleur, on lui rétorquait que leur travail  n’était pas assez bon ! Aujourd’hui, ne pas avoir d’artistes féminines dans une exposition est inconcevable. Cependant, l’objectif est loin d’être atteint, dans une société toujours patriarcale, iconisée par le masque du gorille adopté par le collectif.

La guerrilla des gorilles

Le gorille devient l’emblème de la rébellion suite à une erreur d’inscription sur une banderolle. Gorilla pour guerrilla. L’humour devient leur arme et définit leur stratégie. Coiffées d’un masque de gorille, les membres protègent leur anonymat tout en attirant l’attention. Le collectif s’approprie un symbole pileux, caricatural et emblématique de la force (King-Kong). Une façon de reprendre le pouvoir tout en le singeant au sens littéral. « Les Guerrilla Girls, qui portent les masques d’une grande créature de la jungle, hirsute et puissante, dont la beauté est peu conventionnelle, […] croient que tous les animaux, grands ou petits, sont beaux à leur manière”. Devenir une Guerilla girl se fait par cooptation. Aujourd’hui, le groupe compterait une trentaine d’artistes qui propage leur militantisme en Europe. Le centre AlhóndigaBilbao en Espagne, la galerie Perotin à Paris, la Tate Gallery de Londres sont au nombre des lieux d’exposition des activistes. A Metz jusqu’au 17 février, le collectif investit le FRAC Lorraine avec  “Not ready to make nice”.

Avant tout, les Guerrilla Girls nous rappellent que les buts politiques du mouvement féministe de la fin des années 60 sont encore à atteindre, et leur travail nous encourage à continuer la lutte.

Guerrilla girls - les avantages d'être une femme artiste
Guerrilla girls – les avantages d’être une femme artiste

Plus de 100 projets à travers le monde

Xabier Arakistain, commissaire de l’exposition du FRAC Lorraine souligne la dimension politique des Guerrilla girls. “Le collectif utilise les faits, l’humour et des visuels qui frappent les esprits pour exposer au grand jour les préjugés ethniques et de genre, ainsi que la corruption ­­présente en politique, dans l’art, les films et la pop culture.” Se revendiquant “la conscience du monde de l’art”, les artistes ont une identité visuelle forte. Projection sur la façade du Whitney Museum à New York (2015) pour dénoncer l’inégalité des revenus entre hommes et femmes, affichage de posters colorés interrogatifs et affichant des statistiques impitoyables … résonnent au delà du milieu artistique.

 Il y a des inégalités de revenus, un plafond de verre et surtout l’art est devenu un instrument d’investissement capitaliste.

Rançon postive du succès de leur campagne, La production des Guerrilla girls est invitée officiellement à prendre place dans de prestigieux musées. En 2014, le  Whitney Museum of American Art a acquis un portfolio de 88 posters (1985 à 2012) concernant la faible représentation des femmes et des minorités dans les galeries et institutions culturelles au nombre desquelles figure le Whitney ! Le collectif serait-il en train de rentrer dans le système qu’il ne cesse de dénoncer depuis 30 ans ? A contre courant, leur art s’affiche sur des posters et des tee-shirts à 20$. Frida Kalho  souligne la duplication infinie de leur art a contrario des oeuvres des collections des musées et ironise ” Le monde de l’art est toujours prêt à adorer ce qu’il a brûlé la veille” !

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