LAURENCE COHEN SOLAL : “LES ENTREPRISES DEVRAIENT SE RENDRE COMPTE DES AVANTAGES ÉCONOMIQUES À L’EMPLOI DES SENIORS”

Laurence Cohen Solal
Laurence Cohen Solal

À 53 ans et après 25 ans d’expérience dans le marketing et la communication pour des grandes entreprises, Laurence Cohen Solal s’est retrouvée sans emploi et s’est heurtée à un mur. Elle s’est rendue compte des difficultés rencontrées par les plus de 50 ans sur le marché du travail et a décidé d’alerter sur ces conditions. 

L’an dernier, Laurence Cohen Solal, 53 ans, s’est retrouvée sans emploi. Elle a alors envoyé des centaines de candidatures pour retrouver un poste, sans succès et surtout sans retour, ou presque. À force de faire face à ce silence, elle a mis le doigt sur un problème qui la dépassait : la difficulté pour les personnes de plus de 50 ans pour retrouver un emploi. La durée de recherche est particulièrement longue pour elles : 611 jours d’inscription à Pôle emploi en moyenne (649 jours pour les femmes, 573 jours pour les hommes), contre 388 jours pour l’ensemble des demandeurs d’emploi inscrits auprès de l’agence, d’après des statistiques publiées en janvier par Pôle emploi. 

Alors Laurence Cohen Solal a décidé d’alerter sur ces difficultés en faisant ce qu’elle sait faire de mieux : utiliser les réseaux sociaux. En novembre, elle a publié sur LinkedIn un billet pour raconter ses déboires, avec humour parce qu’elle n’est pas du genre à se laisser abattre. Résultat : sa publication a généré près de 30 000 réactions, dont près de 2 000 commentaires. La Bordelaise venait de lever le voile sur un tabou que beaucoup avaient envie de voir voler en éclats. Cette publication lui a permis de se remettre d’aplomb. Aujourd’hui, elle enseigne le marketing et la communication et crée une entreprise pour accompagner la génération des 45 ans et plus à retrouver du travail. J’ai piscine avec Simone l’a interviewée. 

Qu’est-ce qui vous a amené à raconter votre expérience de recherche d’emploi sur LinkedIn ? 


C’est l’envoi monumental de CV. Sur 300 CV envoyés, j’ai obtenu un ou deux entretiens. Ça devenait ridicule, alors que je cochais toutes les cases. Je comprenais que les entreprises faisaient face à des problématiques compliquées avec le Covid. Mais j’ai de l’expérience, je suis coachée dans ma recherche d’emploi… Quelque chose ne fonctionnait pas. Je me suis sentie recalée, mise de côté. Des consultants de certaines enseignes me disaient même de ne pas postuler parce qu’ils ne recherchaient que des « jeunes ». 
Alors je me suis dit : « Si tu ne montres pas ton talent, comment veux-tu que les recruteurs te repèrent ? » Comme je travaille dans le marketing et la communication, avec une spécialité dans les problématiques de notoriété, j’ai voulu montrer que je pouvais faire un post viral sur les réseaux sociaux. Et LinkedIn était le meilleur moyen, parce que c’est la plateforme où je pouvais potentiellement trouver une personne qui allait me donner des missions, un job… C’est ce qui s’est passé. 

Pourquoi les entreprises sont-elles effrayées à l’idée d’employer des plus de 50 ans ?

 
Une bonne amie recruteuse m’a dit qu’à certains postes auxquels j’avais postulé, pour lesquels elle faisait le recrutement, les entreprises recalaient systématiquement les gens à partir d’un certain âge, parce qu’elles pensent qu’on ne s’intègrera pas. Des recruteurs m’ont dit la même chose : on a une équipe de jeunes alors ça sera difficile pour vous intégrer, on fait tous du sport ensemble, etc. Mais je fais du fitness et je me bouge certainement plus que certains trentenaires ! Je me sens un peu en décalage très sincèrement. Peut-être même en décalage avec ma génération, je ne sais pas. Parce qu’aujourd’hui, j’enseigne à des très jeunes, de 20-25 ans, et on s’entend vraiment bien, on a une bonne connivence. C’est un préjugé qu’une quinqua ne peut pas se faire comprendre de jeunes. Je crois qu’en France, on a un petit souci quand même avec la séniorité. 

Quelles différences voyez-vous concrètement entre la France et d’autres pays ?

 
J’ai travaillé pour des multinationales américaines. Là-bas, la séniorité est valorisée, respectée, alors qu’en France, on est considéré comme des boulets. Les politiques des années 1990 ont laissé des traces. À cette époque, parce qu’il y avait un chômage monstrueux, on a dit aux seniors de laisser la place aux jeunes et de se mettre en pré-retraite à 50 ans. 


Alors on est passé dans l’inconscient collectif comme un vieux. Il y a eu un dénigrement du quinqua, qui s’est fait gentiment, sans faire de bruit, parce que le quinqua était payé à rester chez lui, donc il n’a pas gueulé. Les pubs utilisent des quinquas pour vendre des protections contre l’incontinence, pour les sonotones. On apparaît comme diminué et malade. C’est n’importe quoi, il y a un énorme décalage avec nos capacités.
Mais là, les caisses sont vides, donc c’est terminé. Je pense qu’il va y avoir un tsunami de quinqua sur le marché du travail une fois que la perfusion financière du gouvernement sera interrompue après la crise du Covid. Et il va quand même falloir s’intéresser à ces gens. 

Qu’est-ce qu’il faudrait changer ? 

J’ai remarqué que le problème dans le recrutement des seniors, c’est souvent comment ma génération considère sa propre génération sur le marché du travail. Les chefs d’entreprise demandent du jeune, 30-42 ans dans l’idéal. C’est grave pour les générations qui arrivent aussi. Les entreprises devraient se rendre compte des avantages économiques à l’emploi des seniors. On n’a plus d’enfants à charge bien souvent, on est encore en pleine santé et surtout on est très expérimentés. 

Il est temps que l’entreprise comprenne que la performance relève de la mixité générationnelle

Laurence Cohen Solal


Or l’expérience, ça ne s’achète pas à bas coût. Lors de ma recherche d’emploi, j’ai vu réapparaître des annonces pour lesquelles j’avais postulé six mois ou un plus tard. C’était pour des postes expérimentés et visiblement, un autre choix a été fait… Il est temps que l’entreprise comprenne que la performance relève de la mixité générationnelle. Elle n’est pas du tout dans le fait de n’avoir que des vieux : moi-même ça m’ennuierait d’être dans une entreprise où il n’y aurait que des personnes plus vieilles ou de mon âge. On est tous prêt à faire un effort sur l’aménagement du temps de travail, à faire du management de transition. Mais ce qu’on veut, c’est reprendre du service et il est temps que les politiques s’emparent de cette question. 

Puisque les portes du salariat vous étaient fermées, comment avez-vous décidé de vous réinventer sur le plan professionnel ?

 
J’ai décidé d’accompagner les seniors pour les aider à être plus visibles sur le marché du travail. À Pôle emploi, on nous demande tout de suite quelle est notre « offre de service ». Mais est-ce que tout le monde sait répondre à cette question ? Non. C’est difficile pour certaines personnes de savoir comment mettre en avant leurs atouts. Moi ça va parce que je suis dans le marketing et la communication depuis des années. Alors j’ai décidé de me servir de ces compétences pour donner des astuces et des bonnes pratiques aux autres pour qu’ils parviennent à sortir du lot et à retrouver du travail. 

Comments · 3

  1. Bonjour, et BRAVO Laurence pour votre post !
    Nombre de fois où j’ai commencé à en rédiger un sur le même sujet et les mêmes difficultés rencontrées, mais que j’ai finalement renoncé à publier car je n’arrivais pas à trouver le bon ton…
    Le repositionnement des expérimentés de plus de 50 ans dits “séniors” est un vrai sujet, qui commence notamment dans les moyennes et grandes entreprises qui délaissent ses collaborateurs qui atteignent l’âge de 45 ans et qui n’ont pas atteints des fonctions stratégiques de haut niveau…
    Nul besoin de rencontrer des difficultés sur son poste, l’atteinte de cette tranche d’âge fatidique suffit pour vous évincer au profit d’un profil plus jeune, comme si les quinquas ne sont plus capables de se réinventer ni d’innover…
    Mais quel âge ont nos dirigeants d’entreprises en moyenne ?
    Et cette discrimination à l’âge se poursuit dans la politique de recrutement, car ces entreprises n’osent pas assumer la mixité générationnelle.
    Et c’est à ce moment que commence une longue traversée du désert pour ces personnes riches de compétences et d’expérience variées…
    A mieux, vous avez droit à un mail automatique, mais c’est déjà ça… Mais bien souvent nos candidatures sont tout simplement ignorées au point de n’avoir aucune forme de retour…
    A l’heure où on s’oriente inéluctablement vers un allongement de la vie professionnelle, ce problème de l’emploi des “séniors” est littéralement passé sous silence… Peut être parce qu’il dérange dans les consciences intérieures…
    Heureusement, un second souffle est possible dans la première entreprise de France : les PME
    En tous cas, Laurence, je ne peux que vous féliciter d’avoir sorti ce sujet de l’ombre, car plus on en parlera plus on pourra faire évoluer les mentalités…

  2. Merci infiniment Jean-Luc! Vous voyez bien que ce ressenti, vous l’avez également. Je ne suis pas seule dans ce cas, nous sommes nombreux et malheureusement nous le serons encore plus dans un futur proche. Et votre plume aura autant de poids que la mienne . Plus nous serons nombreux à témoigner, à parler dignement de ce problème, plus il sera entendu. Faites moi confiance, seule la répétition d’un message permet sa mémorisation . Parole de communicante Rejoignez le mouvement !

  3. Merci pour ce partage et bravo pour la démarche Laurence. Je vous rejoins sur le fait que les politiques de départs anticipés, auxquels nous avons assisté durant tout le début de notre carrière, nous ont bien ancré cette image négative du senior (#boulet).
    L’argument de “l’intégration à l’équipe” est vraiment ridicule : elle n’a aucun rapport avec l’âge. La richesse est dans la diversité, dommage que les recruteurs l’oublient souvent.
    J’ai moi aussi créé mon activité pour accompagner les femmes de 50 ans à surmonter leurs freins et retrouver la vie pro qu’elles méritent.

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