La cheffe de file des Écologistes à l’Assemblée nationale, Cyrielle Chatelain, partage ses espoirs comme ses déceptions face au traitement des enjeux écologiques et à l’actualité autour de la loi Duplomb.
Elle milite au sein des Verts (devenu depuis EELV) depuis ses 18 ans, mais n’occupe une fonction électorale que depuis 2022. Cyrielle Chatelain, 38 ans, a remporté lors des dernières législatives la deuxième circonscription de l’Isère, ramenant celle-ci sous le giron de la gauche qui s’était réunie sous la bannière commune de la Nupes.
Nommée co-présidente du groupe Écologiste et social à l’Assemblée nationale, devenue présidente de fait après la mise en retrait puis la démission de Julien Bayou, elle défend la voix des députés écologistes qui cherchent à lutter par la voie législative contre des projets faisant reculer l’écologie, telle que la loi Duplomb, baptisée plus formellement « loi visant à lever les contraintes au métier d’agriculteur ».
Quelques jours avant la rentrée parlementaire, après un été qui a vu une pétition contre cette loi réunir plus de 2,1 millions de signatures, puis un article phare de la loi censuré par le Conseil constitutionnel, Cyrielle Chatelain revient sur l’opposition de son groupe à ce texte et sur les freins actuels pour faire davantage avancer l’écologie sur le plan législatif.
Dernièrement, vous vous êtes distinguée en portant la parole des députés écologistes contre le vote de la loi Duplomb. Qu’est-ce qui vous a marquée dans votre opposition à ce texte ?
Cette loi m’inquiète, car elle est profondément climatosceptique. Pour moi, il s’agit de la première loi trumpiste de régression environnementale. Laurent Duplomb [sénateur Les Républicains qui a déposé la loi] dit lui-même que le réchauffement climatique peut présenter autant d’avantages que d’inconvénients… Nous faisons face avec cette loi à une minimisation des faits scientifiques et des impacts.
Mais ce qui m’a le plus marquée, ce sont les témoignages entendus pour s’y opposer. Le 8 juillet, le jour du vote, notre député Benoît Biteau avait réuni des associations de sa circonscription, des collectifs de parents d’enfants malades de cancer, du collectif Cancer Colère et des médecins. Plus je les écoutais tous, plus je me rendais compte que ce débat n’aurait même pas du avoir lieu. Que la dangerosité de certaines substances comme l’acétamipride est déjà reconnue scientifiquement. Qu’aucune famille en France n’est épargnée par le cancer. Je me suis dit que ce n’est pas nous, en tant que députés, qui devrions prendre la parole, mais que ces personnes devaient venir à la tribune de l’Assemblée pour expliquer ce que cela leur faisait dans leur chair.
Le débat, justement, n’a pas eu lieu…
Non, le texte n’a effectivement jamais été débattu en raison d’une motion de rejet portée par le rapporteur et les soutiens du texte. Ils ont refusé le débat pour cette raison, parce qu’ils savaient que nous avions des amendements qui reprenaient les arguments des victimes des produits phytosanitaires. Ils ne veulent pas entendre parler des maladies qui vont toucher les agriculteurs et les citoyens. Mais à force de vouloir mettre le couvercle sur la marmite, cela a fait exploser l’opposition. Aujourd’hui, il y a une épidémie de cancers en France, aucune famille n’est épargnée. On ne peut pas empêcher un débat sur ce sujet.
La mobilisation autour de la pétition vous a donc semblé être à la hauteur de ce débat confisqué ?
Nous avions senti les signaux faibles : la loi Duplomb était un sujet auquel les gens étaient attentifs, il y avait une incompréhension assez forte. Mais l’ampleur et la vitesse à laquelle la mobilisation autour de la pétition a prise m’a aussi très positivement étonnée. Ce n’est pas une pétition qu’on signe en un clic, il fallait se connecter au site de l’Assemblée…
En tant que présidente du groupe Écologiste, vous avez avec le groupe Insoumis et celui des Communistes interpellé le Conseil constitutionnel pour tenter de faire révoquer cette loi. Comment avez-vous apprécié sa décision de censure partielle le 7 août ?
C’est quand même une victoire, même si la censure n’est pas totale. Elle ne porte que sur un aspect du texte, concernant la réintroduction de l’acétamipride. Mais d’autres aspects restent problématiques, concernant des pratiques agricoles comme les fermes-usines ou les mégabassines, ou d’autres questions de santé publique. Nous avons obtenu une victoire, mais nous allons aller chercher les autres.
De quelles manières ?
Nous allons faire monter la pression pour qu’il y ait une suite donnée à la pétition et que cela donne bien droit au débat autour de la loi dans l’Hémicycle. Avec les députés de La France insoumise, lors de nos niches parlementaires, nous déposerons aussi des propositions de loi d’abrogation. Nous avons réussi à obtenir l’interdiction de certains usages pour les polluants éternels. C’est possible de faire avancer les choses quand nous arrivons à convaincre au-delà de nos rangs et surtout quand la pression de la société est forte.
Vous parlez d’une forte pression populaire, pourtant la question écologique a rarement été aussi reléguée ces dernières années. Comment faire avancer les choses véritablement sur le plan législatif ?
Cette minimisation de la crise écologique vient vraiment d’hommes et de femmes politiques de droite et d’extrême droite engagé·es dans des campagnes de désinformation, alors que les impacts du réchauffement climatique sont tangibles, que les vagues de chaleur sont là, que de nombreuses cultures agricoles sont déjà détruites à cause de la sécheresse ou d’épisodes de grêle tardifs… Pour nous, en tant qu’Écologistes, il s’agit désormais de débattre sur les moyens de lutte contre le réchauffement climatique et de proposer des solutions face aux impacts qui sont déjà là. Là, il y peut certes y avoir des divergences idéologiques, mais nous devons au moins rester dans un cadre où la science est reconnue.