BRIGITTE GRÉSY : CE QU’IL RESTE A FAIRE POUR L’ÉGALITÉ PROFESSIONNELLE FEMMES-HOMMES

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Capture You tube TEDxChampsElyseesWomen

Brigitte Grésy, Secrétaire générale du Conseil supérieur de l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes est revenue sur le sujet à l’occasion de la 1ère Université d’été du féminisme. Dans l’enceinte du studio 104 de la Maison de la Radio, elle en a profité pour dresser un état des lieux. Et proposer des solutions.

Sans effet de voix et de formules assassines, Brigitte Grésy a traduit l’état du monde professionnel en terme d’égalité Femmes-Hommes. L’auteure de nombreux rapports sur l’égalité professionnelle (2009), et du Petit traité contre le sexisme ordinaire (2008, Albin Michel) a décerné des satisfecit. Elle s’est réjouie que le combat pour l’égalité soit devenu légitime. Et a rappelé que l’égalité quantitative (politiques de quotas) dans les conseils d’administration assorties de sanctions traçaient “un nouveau chemin”.

Aller dans le coeur du réacteur

Cependant Brigitte Grésy a regretté que l’on aille pas suffisamment dans “le coeur du réacteur”. “L’estime de soi se construit toujours dans une dynamique comparative avec les autres. Les groupes d’appartenance (..) sont des marqueurs identitaires fort. Même si chacun veut être à la fois identique et distinct, ce besoin d’identification pousse les membres à adhérer à l’opinion de leur groupe d’appartenance. Et notamment majoritaire celui des hommes d’où l’essor extraordinaire du sexisme ordinaire”. La diversité de profils au sein de l’entreprise n’est donc pas une garantie mécanique d’égalité.

 

 

Le stéréotype répond à une nécessité cognitive de simplification et répond à un besoin affectif de se rassurer.

 

La reconnaissance des agissements sexistes

L’auteure de “La Vie en rose, Pour en découdre avec les stéréotypes ” (2014) souligne la nécessité de mettre en place des process. Elle rappelle le travail du Conseil supérieur de l’égalité professionnelle qui a intégré dans le Code du Travail la notion d’agissement sexiste. “Tous ces propos, attitudes, gestes qui l’air de rien de façon insidieuse délégitiment, déstabilisent, disqualifient les femmes dans le monde du travail”. Et de citer les blagues sexistes, des incivilités, le mansplaining, la séduction unilatérale imposée, les considérations sexistes sur la maternité et les injonctions paradoxales : “Conduit toi comme un homme mais reste une femme” !

 

Dans quelle société sommes-nous qui surpaye et survalorise les personnes qui s’occupent de notre argent et sous-paye et sous valorise les personnes qui s’occupent de nos enfants ?

 

Illustrations du sexisme ordinaire

Brigitte Grésy glisse cette anecdote. “Une équipe de commerciaux 30 garçons, 5 filles le chef mobilise ses troupes en disant allez chercher le client avec la bite et le couteau. Les 5 filles étaient un peu désemparées ! Elles ont essayé d’aller chercher le client avec la foufoune et le marteau”. Pas moins insidieux le sexisme à l’oeuvre dans les systèmes de classification institutionnalise les inégalités. “Dans un hôpital que pensez du coefficient 222 affecté a l’aide soignante comme a l’ambulancier ? Alors que dans un cas, métier féminin il faut 41 semaines de formation et dans l’autre, métier masculin, il n’en faut que 18. Et quid de la charge mentale nerveuse et physique” ?

 

Le risque d’avoir des boites noires où les stéréotypes frétillent à l’aise est encore plus grand pour tous les systèmes d’apprentissage profond. Tous ceux qui utilisent des big data. Et notamment le recrutement prédictif va-t-il mener à recruter des hommes de 40 ans ? Sauf si une démarche éthique vient contrecarrer cette discrimination.

 

Et tout au fond du “coeur du réacteur” les services RH. Brigitte Grésy cite les tests de personnalité proposant des assimilations à des avatars tous masculins. Et la pondération différente des questions suivant qu’il s’agit d’un homme ou d’une femme alors que les réponses sont quasiment identiques. L’avenir sera-t-il plus égalitaire ? Rien n’est moins sûr explique l’intervenante. “Les algorithmes et l’intelligence artificielle sous couvert de scientificité masque le fait que les données intégrées dans les modèles sont elles mêmes bourrées de biais de sexe”(…) et répètent les erreurs du passé”.  

 

Toutes les interventions de ces deux journées sont à retrouver ici

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