Écartée moins d’un mois après son arrivée, Susan Monarez laisse un CDC en crise. L’éviction de la directrice a été suivie de quatre démissions et relance les critiques contre l’agenda anti-sciences du secrétaire à la Santé Robert F. Kennedy Jr.
À peine confirmée par le Sénat, déjà écartée. Le 27 août, Susan Monarez, première directrice du Centre pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) à être nommée avec l’aval du Congrès, a été limogée après moins d’un mois en poste. La Maison-Blanche évoque un licenciement après son refus de démissionner, mais ses avocats contestent : « Seule une décision présidentielle peut mettre fin à un mandat validé par le Sénat », ont-ils rappelé.
Titulaire d’un doctorat en microbiologie de l’université du Wisconsin–Madison et passée par Stanford, Susan Monarez s’était imposée à Washington comme une haute fonctionnaire de la santé publique, dirigeant des programmes de recherche à la BARDA, l’agence fédérale chargée de préparer le pays aux pandémies et aux menaces biologiques puis à l’ARPA-H, l’agence chargée de projets médicaux innovants. Sa confirmation fin juillet par 51 voix contre 47 a marqué une rupture car depuis les années 1950, le poste de directeur du CDC avait toujours été occupé par un médecin. Toutefois son profil a été salué pour son expertise en gestion de crise et sa capacité à piloter de grands programmes de santé publique.
L’offensive anti-sciences de Robert F. Kennedy Jr.
Or cette indépendance scientifique n’a pas résisté au virage imposé par Robert F. Kennedy Jr. Dès son arrivée au ministère de la Santé, l’avocat et militant antivax devenu secrétaire d’État a placé le CDC sous surveillance politique stricte.
Depuis février, il imprime une ligne alignée sur ses convictions : les 17 experts du comité consultatif sur l’immunisation (ACIP) ont été limogés, remplacés par des personnalités proches du mouvement anti-vaccins. L’accès aux vaccins Covid est désormais limité aux plus de 65 ans et aux personnes fragiles. Quant au comité consultatif sur l’immunisation, pilier des campagnes de vaccination américaines, il a été purement et simplement dissous.
Une crise sanitaire et démocratique
L’éviction de la directrice n’est pas restée sans suite. Dans les heures qui ont suivi son départ, quatre figures majeures de l’agence — Debra Houry, Demetre Daskalakis, Daniel Jernigan et Jennifer Layden — ont présenté leur démission. Tous dénoncent une perte d’indépendance scientifique. Un ancien haut responsable cité par The Guardian résume : « Nous ne pouvons pas travailler si les données sont remplacées par l’idéologie ». Le cas de Susan Monarez illustre la tension entre indépendance scientifique et pression politique, dans un contexte où les États-Unis voient réapparaître la rougeole et d’autres maladies infectieuses. Pour beaucoup d’experts, l’affaiblissement du CDC menace la préparation du pays face aux prochaines crises sanitaires.
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