MYLÈNE DESCLAUX UNE JEUNE FEMME DE 50 ANS

Mylène Desclaux_les jeunes femmes de 50 ans_roman
© Patrice Normand

Pionnière en matière de blog dédié aux quinquas (mot qu’elle déteste) Mylène Desclaux est passée à l’écriture papier.  » les jeunes femmes de 50 ans » premier essai sérieux et plein d’humour publié chez Lattes rend compte de la condition des dites quinquas. Une mise au point salutaire. Sous forme d’anecdotes et de situations l’ex blogueuse et dirigeante de société raconte sur un ton décalé tout ce que n’est pas une femme de cette génération. Mylène Desclaux a suivi à la lettre le précepte de son père qui avait interdit à la fratrie d’avoir un patron. Interview.

Vous refusez l’emploi de certains synonymes pour qualifier les femmes de 50 ans ?

Je tiens à une certaine esthétique sonore et il y a des mots que je m’interdis. Vieillissement, Senior, Quinqua. C’est mon idée de l’esthétique émotionnelle. Ce qui tombe mal c’est que cette prise de conscience a eu lieu après la création de mon blog qui s’appelait « happy quinqua » et s’est transformé en « Happy Q ». Je trouvais qu’entre « Quincado » (Quinqua +ado terme inventé par le sociologue Serge Guérin) qui était une idée théorisée à la mode complètement stéréotypée et la sénior il y avait un espace pour la jeune femme de 50 ans. Quelqu’un de normal. Pas hystérique. Une femme  qui n’a pas forcement de très jeunes amants, qui ne se tatoue pas l’entrejambe, qui ne pique les jeans taille basse de sa fille. A partir de la ma réflexion a un peu muri.

C’est ce qui a donné lieu à l’écriture du livre qui est venu tardivement par rapport à l’écriture du blog ?

Les maisons d’éditions sont venues à moi. J’ai envoyé une note d’intention d’une trentaine de pages et on m’a renvoyé un contrat. Le livre n’est pas un conglomérat de posts du blog. Il y a une structure, des anecdotes. Il y a une thématique centrale. Au départ la femme de 50 ans a quelques difficultés à vivre son bouleversement. Il est sentimental, familial, amoureux. Il est de tous ordres. C’est ce que j’ai vécu. J’ai un parcours atypique. J’ai monté une agence publicitaire de publi reportages que j’ai vendue 20 ans plus tard. Je me suis retrouvée sans statut, sans travail, sans enfant, sans fiancé, avec une nécessité de déménager. Et j’étais face à un vide abyssale et existentiel dont on ne ressort pas forcément intact.

 

Quand on arrête de travailler on a un petit problème de statut. Vous faites quoi dans la vie ? Parler au passé c’est difficile ! J’ai dit j’étais, après j’ai dit je ne fais rien et encore après je suis blogueuse. Et maintenant je suis écrivain. Un nouveau statut.

 

Comment s’est déroulée cette transition de vie ?

Je m’étais lassée de ce métier. J’ai travaillé avec de très belles marques pendant 15 ans. Le monde de la com s’est digitalisé. Je me suis dit qu’est ce que je fais maintenant ? j’ai démarré plein de projets sympas. J’étais assez velléitaire. Le blog était un entre deux. Avec les hommes il ne restait pas grand chose sur le marché ! Et les mecs bien étaient un peu pris et on allait pas les piquer aux autres ! Dans ce livre il y a la question de savoir si on peut trouver un homme à 50 ans. Et comment on le trouve ?

Vous l’avez trouvé ?

Je trouve que les mentalités changent. C’est quoi l’homme idéal pour une femme de 50 ans ? Trouver un homme plus vieux ou plus jeune c’est facile. Trouver un homme de son âge c’est compliqué ! Je fais une sorte de benchmark. Un homme qui me plait beaucoup un jour arrive avec à son bras une femme de 37 ans ravissante, éduquée. Et puis… Il y a 4 ans maintenant qu’on vit ensemble. Je parle du couple. Comment ça se passe quand on est seul depuis 15 ans et qu’on s’installe avec quelqu’un. On a ses habitudes. Je raconte tout ça.

 

L’idée maitresse de ce livre c’est que tout peut recommencer à 50 ans. C’est plus facile d’être une femme de 50 ans aujourd’hui qu’à l’époque de Balzac où elles étaient mortes !

 

C’est un format qui n’est cependant pas romanesque ?

Ce n’est pas un roman. Il y a un peu de philo. Un peu de psycho. Un peu de socio. Beaucoup de rigolo. Le grand thème c’est la gravité du sujet. On est à un âge où on a l’impression qu’on ne sert plus à rien. On n’est plus bankable. L’idée c’est de réhabiliter cette génération à mon petit niveau. Et je trouve que la meilleure façon d’affronter cette gravité, ce glissement, c’est l’humour qui sauve de tout.

Comment lutter contre le regard de la société qui invisibilise les femmes de 50 ans et + ?

Il faut que les magazines féminins arrêtent de montrer des femmes de 18 et demi les cuisses ouvertes ! Je pense que ça prendra du temps avant que dans l’œil de l’autre la femme ne soit plus ce trophée de jeunesse qu’aime exhiber les hommes au delà d’un certain âge quand leur libido commence à s’effondrer.

 

Je suis contre toute forme de communauté quelle qu’elle soit. Vous ne me verrez jamais au salon des seniors ! Je refuse la ségrégation par l’âge. On ne doit pas être à part parce que senior. Je pense que la société changera. On va être de plus en plus âgée de plus en plus longtemps. On nous écoutera davantage. Je crois plus volontiers au mélange. Se serrer les coudes en se mélangeant.

 

Il y a d’autres sujets qui vous énervent ?

Je ne parle jamais de ménopause. Rien que le mot, tout de suite ça plombe. Mais écrire un livre sur les jeunes femmes de 50 ans sans l’évoquer une seule fois est un déni. Donc à la fin de mon livre, l’air de rien, j’en parle un peu, juste pour dire que c’est aujourd’hui un non-problème

 Vous dites que votre psy adorait vous écouter. Vous lui faisiez du bien ?

Elle se marrait tout le temps et me disait il faut qu’on se voit plus souvent ! Après c’est une question de transfert et de rapport à l’autre. Si je paye il faut que l’autre s’y retrouve.  Je mettais un point d’honneur à faire rire ma psy. Je raconte d’ailleurs comment quitter son psy. C’est hyper dur parce qu’il ne veut pas. Les psy tiennent à moi !

Est ce qu’il y a quelque chose de l’adolescence à 50 ans ?

La fraicheur d’esprit, la curiosité. Les tenues transgénérationnelles. La différence c’est qu’on se couche plus tôt. La grasse matinée n’existe plus à 50 ans.

 

Propos recueillis par Sophie Dancourt

 

Comments · 2

  1. Elle est canon Mylene!
    Je tombe par hazard sur l annonce de son livre!
    Vivant a Cape Town, je ne peux malheuresement pas courir l acheter, mais je n’y manquerai pas lors de mon prochain passage a Paris…

  2. Merci Mylène pour votre livre » les jeunes femmes de 50ans » merci .étant veuve précoce j’ai cette difficulté supplémentaire. Le vide abyssal je connais. Merci beaucoup. Je conseille à toute femme même plus jeune de le lire. Nathalie S.

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