AURORE : LA FEMME DE 50 ANS A DE L’ AVENIR

Agnes Jaoui est Aurore
Agnes Jaoui est Aurore

Pour son deuxième long métrage Blandine Lenoir s’est emparée d’une héroïne mal menée par la société, la femme de 50 ans. Interprétée par Agnès Jaoui, « Aurore » fait face aux embûches d’une vie sans drame, mais constamment jalonnée d’obstacles. Divorcée, bientôt grand-mère, elle vit avec ses deux filles prêtes à quitter le nid. Aurore lutte pour trouver un boulot, affronte les lourdeurs de Pôle Emploi, s’inquiète de ce corps aux bouffées de chaleur imprévisibles, mais ne renonce à rien et surtout pas à aimer. Ré-enchantés par les retrouvailles de son amour de jeunesse, ses 50 ans seront peut-être la promesse d’une nouvelle vie. Blandine Lenoir filme une femme en lutte contre un courant sociétal fort, excluant. Un effet prompt à l’aspiration pour qui serait tenter de baisser les bras. La réalisatrice fait de cette histoire un antidote à l’invisibilité d’une majorité de la population. « Aurore n’est pas une pauvre femme. La société lui renvoie une image qui ne lui correspond pas. Ce film est né d’une frustration. Il n’y a pas assez de beaux personnages de cet âge au cinéma. Les femmes ne sont plus objet de désir après 40 ans ». Alors elles sont quoi quand elles n’ont plus leur règle? Aurore résume le propos, «Quand le stock d’ovocytes baissent c’est le début du bordel ».

Agnès Jaoui s’interroge. «Nous sommes la seule minorité majoritaire et on accepte énormément de choses. Pourquoi » ? Les femmes de plus de 50 ans représentent plus d’une femme majeure sur deux. Alors qui façonne ce regard ? Les hommes pour une part. Ceux du film ne sont pas des archétypes caricaturaux, même si le patron du restaurant qui emploi Aurore contribue à l’effacement de son identité en la rebaptisant Samantha. Totoche, lui, l’amour de jeunesse hésite. Il a peur de ses sentiments. L’ex-mari a refait sa vie et traverse encore celle d’Aurore. « Le film a un point de vue féministe qui n’est ni revanchard, ni dans la victimisation par rapport aux hommes ».

Casser les stéréotypes

Blandine Lenoir broie les stéréotypes. Elle entoure Aurore d’une inséparable amie. Une femme rayonnante, célibataire sans enfants incarnée par Pascale Arbillot. « Je voulais casser l’idée selon laquelle si on est pas mère, on ne peut pas bien vivre cette situation». La question de la non maternité assumée perturbe les rôles attribués à la femme de 50 ans. Mélissa Petit sociologue, spécialiste de la question des seniors et des enjeux du vieillissement pose le problème de la discrimination et du corps de la femme à chaque âge. «Dans d’autres cultures, la femme acquiert un statut important à cette âge ». Chez les indiens Mohave par exemple, la femme ménopausée a un rôle de conseil, de transmission du savoir-faire.

 

Non féconde la femme n’est plus un objet de désir

 

La cinquantaine solaire, Agnès Jaoui porte le film comme une seconde peau. Elle raconte à l’issue de la projection l’inusable combat mené au cours de sa carrière entre le corps de ses rêves et son incarnation. «Beaucoup de réalisateurs ont demandé à ce que je sois dénudée. C’est une violence terrible ! Ce corps n’est pas exactement ce que je voulais, mais ce que renvoient les magazines féminins c’est l’image d’une femme qui n’existe pas ». Aurore existe bel et bien, à coup de larmes et d’audaces, à l’image d’une adolescente en proie à de puissantes émotions qui bouleversent aussi sa vie professionnelle.

 

Ce que renvoie les magazines c’est l’image d’une femme qui n’existe pas.

Agnès Jaoui

 

Afin de ne pas totalement disparaître dans les chiffres de Pôle Emploi, Aurore apprend à se présenter fièrement à un employeur. Au détour d’un job précaire, elle apprend qu’elle a de la chance. Ce n’est pas une victime de l’intersectionnalité ! Approche sociologique qui décrit la situation d’une personne subissant simultanément de multiples discriminations. Sexe, handicap, orientation sexuelle… L’âge d’Aurore va bientôt lui réassigner un rôle aux contours précis. Celui de grand-mère. Plus facile à appréhender pour la société et plus rassurant. Melissa Petit pointe une autre approche culturelle. «Au Canada on constate un regain après 50 ans. Ce qui est lié aussi à la valeur de la personne de 50 ans dans la société. Il faut que la culture du travail reparte. On peut tout faire et tout recommencer ».

 

 

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