ALEXIA CASSAR LA TATOUEUSE RÉPARATRICE DE SEINS

Alexia Cassar tatoueuse 3D réparatrice de seins
Alexia Cassar tatoueuse 3D réparatrice de seins

Elle est unique en Europe.  Seule à avoir ouvert un salon 100% dédié à la technique de tatouage 3D apprise aux Etats-Unis pour recréer  mamelons et aréoles après un cancer du sein. Alexia Cassar a abandonné son ancienne vie professionnelle pour se consacrer à réparer les seins des femmes. Portrait d’une artiste impliquée à haut pouvoir de résilience.

Le cancer fait partie de sa vie. Professionnelle d’abord. Biologiste de formation, Alexia Cassar passe 15 ans à travailler sur la recherche de nouvelles molécules contre le cancer. Puis la maladie l’implique personnellement quand sa fille âgée de 10 ans est atteinte d’une leucémie. La quarantaine rock tout en blondeur, la tatoueuse reconnaît avoir toujours aimé dessiner. Tous les ingrédients nécessaires à sa nouvelle vie sont en place. Ne reste qu’à les assembler. Ce sera chose faite lorsqu’elle tombe sur un reportage consacré à Vinnie Myers, star américaine du tatouage 3D de tétons. Elle abandonne toute activité et se forme pendant un an auprès d’un tatoueur. Elle apprend aussi la dermo-pigmentation réparatrice, technique utilisée par les chirurgiens pour reconstruire les aréoles et mamelons. Et relativise. « Les personnes qui se font tatouer pour récupérer une aréole ou un mamelon à l’hôpital ou en cabinet doivent se refaire tatouer parfois tous les trois ou six mois parce que les pigments s’effacent ». Avec une palette de pigments plus limitée que celle des encres de tatouage le résultat est souvent peu réaliste.

Unique tatoueuse 3D formée en Europe

L’art du tatoueur américain toujours en tête, Alexandra Cassar met cap à l’ouest, à San Antonio aux Etats-Unis. Elle rejoint la canadienne Stacie-Rae Weir pour découvrir le tatouage 3D. Une technique qu’elle peaufine à plein temps dès son retour. « La promesse du réalisme c’est la promesse de la reconstruction de la personne qui a été touchée par le cancer. Ce n’est pas possible de faire de l’à-peu-près sur des gens mutilés et en très grande souffrance ». Forte de son parcours scientifique, Alexia Cassar travaille en étroite collaboration avec les instituts Gustave Roussy et Curie. « Je ne pratique pas un acte médical même si les chirurgiens recommandent ce geste à leurs patientes ». A la différence du tatouage médical, Alexia Cassar choisit des gammes d’encres vegan créées spécifiquement pour cette technique.

 

Essai de modèles au feutre
Essai de modèles au feutre

 

Un salon confidentiel

Ouvert depuis deux semaines grâce à une opération réussie de crowdfunding (30 000 euros) Alexia Cassar a installé confidentiellement « The Téton Tattoo Shop » dans son jardin de la petite ville de Marly-la-Ville (40 mn de Paris). Cependant les demandes de rendez-vous affluent de France et de toute l’Europe. « La plupart des femmes qui prennent rendez vous ont un échec chirurgical et une reconstruction qui leur convient pas. On corrige un mamelon trop petit visuellement par le trompe l’œil. Soit ce sont des femmes qui ont eu des tatouages médicaux qui ont disparu. Ca peut être la création de A à Z du mamelon et de l’aréole. Je peux travailler également en symétrie du sein restant ». Un travail artisanal qualifié de « cerise sur le gâteau » par la tatoueuse. A l’issue d’un long entretien sur la maladie de chaque patiente, Alexia Cassar propose un tracé de la forme et détermine la couleur la plus adaptée. « C’est la dernière parenthèse, le point final à tout ce qui s’est passé. J’interviens entre 6 et 12 mois après la dernière intervention pour que la poitrine soit stable et les cicatrices fines et solides pour tatouer sans prendre de risque ».

 

La part émotionnelle est essentielle et va conditionner la suite de la reconstruction. Ce qui est important c’est de reconstruire aussi toute l’histoire de la personne, du couple, parfois de la mère, de la famille, des sœurs, des tantes. Il y a tout ça concentré dans ce mamelon. On lui redonne la place qu’il doit avoir, celle d’un élément corporel. Il faut lui redonner cette place anodine et en le faisant on travaille aussi sur le fait de passer à autre chose. Si le sein reprend sa place la femme a le temps de se concentrer sur toutes les autres choses autour d’elle. Une page peut se tourner de façon plus saine.

 

La réparation n’est pas que physique. Les femmes qui pénètrent dans le salon de tatouage trouvent une interlocutrice qui communique de façon décomplexée. « Elles viennent assez heureuses car elles savent qu’il va y avoir une issue positive à leur visite. Elles sont conscientes aussi que je n’ai pas de baguette magique, je ne fais pas de promesse irréaliste. Car la nature peut aussi reprendre le dessus c’est pour çà qu’on se revoit trois mois après pour faire des retouches, corriger des reprises d’encre sur certaine partie de la cicatrice ». Facturées 400€ pour un sein et 600 € pour les deux, deux séances de deux demi journées sont nécessaires. Alexia Cassar a entamé une réflexion auprès des mutuelles pour une éventuelle prise en charge de cette dépense. Elle estime toutefois que « le conventionnement peut aussi générer des blocages sur la liberté de réalisation qu’on a par rapport à ce geste qui reste artistique ».

 

On parle beaucoup de ce qui se voit, la perte des cheveux, des cils, des sourcils mais on ne parle pas de la perte des repères émotionnels, éventuellement de la perte d’un conjoint, de sa place dans la société, de la mise en berne de la sexualité, ce sont des choses dont on parle très peu. L’après cancer ne s’arrête pas à la rémission. Il faut aller au bout de la démarche. Il faut les réintégrer socialement. On avance progressivement maintenant les malades peuvent emprunter à la banque. Mais ça reste cloisonné à des choses visibles et les souffrances invisibles on les aborde très peu. J’ai voulu m’attaquer à cette souffrance liée à un élément assez symbolique de la féminité mais il y a encore beaucoup de choses tabou encore censurées par les réseaux sociaux.

 

Pour l’heure, Alexia Cassar s’intéresse à véhiculer les bonnes pratiques. En collaboration avec l’association « Sœurs d’encre by rose tatoo » elle s’efforce de donner un cadre à la pratique de ce tatouage de réparation. « De plus en plus de femmes veulent décorer leur cicatrice. On veut que ce soit fait en toute sécurité dans le respect de ces personnes ». Dans le cadre d’octobre rose, des séances de tatouage seront organisées bénévolement la première semaine d’octobre à Bordeaux à la maison Rose.

 

Comments · 1

  1. Bonjour Alexia Cassar
    Je trouve votre travail de reconstruction du sein par le tatouage formidable.
    J’aimerais savoir si vous accepteriez de me former à cette technique ?
    Je suis en France en Seine et Marne.
    Vous pouvez me trouver sur Facebook au nom Axelle Lehaire.
    Bien cordialement.
    Axelle

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