LA VICTIME, LE BOURREAU ET LA LOI

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Deux infos viennent rappeler brutalement que le sort des femmes victimes de violence ne s’arrête pas à la porte des tribunaux lorsqu’elles y parviennent. La première concerne la Commission d’indemnisation des victimes d’infraction (civi) qui incrimine le comportement d’une femme défenestrée par son mari, la seconde dénonce l’absence de prise en compte des “survivantes”.

La nouvelle qualifiée de “profondément choquante” a fait réagir Marlène Schiappa, la Secrétaire d’Etat à l’égalité entre les hommes et les femmes. Une jeune femme défenestrée par son conjoint et devenue tétraplégique a vu sa demande d’indemnisation réduite au motif qu’elle serait revenue dormir dans son appartement après l’intervention de la police à son domicile le 24 août 2013. L’histoire rapportée par le Maine Libre le 2 janvier illustre la méconnaissance des traumatismes vécues par les victimes de violence.

La victime partiellement responsable

Mais oui pourquoi retourner chez son bourreau ? C’est à cette question simpliste que la Commission d’Indemnisation des victimes d’infraction n’a pas vraiment réfléchi. La réponse l’est tout autant. La victime a commis une faute ! Et de ce fait ne mérite qu’une indemnisation partielle. Petit rappel de l’enchainement des faits qui mène à la tragédie. Après leur intervention, les policiers suggèrent à la jeune femme de ne pas dormir chez elle. Mais faute d’hébergement au Samu social et d’absence de train pour se rendre dans sa famille Aïda* rentre au domicile conjugal. Son compagnon la défenestrera.

La justice n’est pas en cause. Elle tranche. 15 ans de réclusion pour le bourreau. La cour d’assise fixe à 90 000 € la provision pour indemniser la victime. Les avocats saisissent la Civi afin que l’Etat, via le Fonds de garantie des victimes (FGTI), verse la somme. Mais la Commission tranche pour une indemnisation partielle (67 500 €). Sur Twitter le Fond de Garantie justifie : “la loi prévoit que la victime qui contribue, par sa faute, à son dommage peut voir son droit à l’indemnisation réduit”. Et c’est là que la vraie question est posée globalement à toutes les victimes.

Recenser les survivantes

Les femmes victimes n’ont-elles pas fait ce petit quelque chose qui mérite un tel sort ? Il en va ainsi des femmes violées dont la jupe trop courte ou le comportement pouvaient laisser supposer une intention … N’est-ce pas le cas de ces femmes battues qui n’ont qu’à quitter le domicile conjugal au lieu d’y rester ? Loin du quotidien de ces femmes les juridictions ne savent rien des mécanismes de peur, d’emprise psychologique, de honte qui laissent inerte. C’est à ce travail de dénombrement que s’est attaquée la journaliste et auteure Titiou Lecoq pour Libération. Un recensement qui pose la question des “survivantes”.

219 femmes figurent à ce triste tableau rempli au cours des 2 dernières année. Ces chiffres ne prennent pas en compte les tentatives de meurtres, ni les femmes qui en réchappent. Ou sont-elles ? Comment peuvent-elles envisager de se réparer si la justice et les institutions ne cessent de susurrer à leur oreilles qu’elles portent une responsabilité dans ce qu’elles ont subi ? Pour Aïda un appel sera examiné en mai. Et espérons qu’un minimum de décence et d’humanité formera un arrêt de justice digne de nom et de cette souffrance.

*Le prénom a été changé