BIBLIOTHÈQUE IDÉALE : “LA FEMME QUI NE VIEILLISSAIT PAS”

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photo d’illustration

Un conte qui rend hommage aux femmes et au temps qui passe.“La vieillesse est une victoire”, phrase inédite dans une société en proie au jeunisme.

L’été arrive avec le rituel de la belle saison : les régimes, les crèmes en tout genre pour mincir, faire disparaître la peau d’orange, avant d’enfiler son maillot, de profiter du soleil et de s’allonger au bord de l’eau… ou pas.
L’injonction du jeunisme inflige une telle pression aux femmes que tout est bon pour nous faire sentir qu’avec les années qui passent, nous nous rapprochons un peu plus de l’obsolescence programmée, ne plus plaire, ne servir à rien… sauf à consommer.

Dans ce paysage en mutation, obstinément lente, le sourire apparaît sur nos lèvres, grâce à un homme, un écrivain qui aime les femmes : Grégoire Delacourt.

La vie figée à trente ans

Betty que l’on découvre durant l’enfance, dont l’histoire sillonne les aléas des événements familiaux, s’éprend follement d’André durant ses études à Lille. Il sera l’homme de sa vie. Ensemble ils auront un fils, leur merveille.
Dans ce paysage arrive Fabrice, photographe qui lui demande de se prêter au jeu du portrait annuel pour témoigner de l’effet des jours qui s’étirent sur nos corps. Betty s’y rend à chaque date anniversaire. Le choc ! A trente-cinq ans Betty a toujours le même visage qu’à trente, pas une ride de plus, pas de relâchement du tissu. Son apparence est figée.

La jeunesse hors norme

Une nouvelle vie, cette vie hors du temps. “A quarante-sept ans, je n’avais toujours aucune ride du lion, du front, aucune patte-d’oie ni de ride du sillon nasogénien, d’amertume ou du décolleté ; aucun cheveu blanc, aucune cerne ; j’avais trente ans, désespérément”. L’ode aux femmes qui acceptent le reflet du temps qui passe dans le miroir chaque matin, Betty ne la connaît pas, pour elle c’est une longue traversée du désert qui s’annonce. “Vous rêvez toutes de ce qui m’est arrivé. Mais je suis une bête de foire”. Un cadeau empoisonné qui rend suspect tous les physiques et les corps hors norme.

L’angoisse s’installe. Peut-être que cette beauté éternelle n’est pas si jouissive après tout? Que se passe-t-il quand vous avez l’air plus jeune que votre fils? Que l’homme qui vit depuis deux décennies à vos cotés, vieillît à un autre rythme et que l’on vous prend pour sa fille? Un soir, dans la voiture son mari lui dira “Je viens de la terre et je crois à la nécessité des saisons, on ne peut pas vivre qu’au printemps (…). Je veux juste que l’âge de ma femme raconte notre histoire, atteste de notre quart de siècle ensemble.”

Entre euphorie et malédiction

Le mythe de la jeunesse éternelle, promesse d’immortalité nourrit les imaginaires depuis le Moyen-Age. De la fontaine de jouvence au portrait de Dorian Gray, le héros poursuit cette quête fantastique dont l’âge idéal est la trentaine. Le processus de vieillissement deviendra-t-il un accident dans le futur? C’est en tout cas ce que suggère l’américaine Elizabeth Parrish, PDG de l’entreprise BioViva USA qui affirme avoir fait rajeunir certaines de ses cellules de 20 ans. Ainsi que le rapporte le site Orange, la scientifique souhaite faire reconnaitre la vieillesse comme une maladie… En attendant, la jeunesse éternelle ressemble plutôt à une malédiction dans le roman de Grégoire Delacourt.

L’héroïne et la lectrice découvrent l’envers du décor, les difficultés après l’euphorie. Les obstacles sont bien plus nombreux que les avantages. Lorsque vient le temps de refermer le livre, quelle chance que des voix s’élèvent encore pour célébrer la vie et la sagesse que les années confèrent. Vive l’impermanence! Vive la vie!

Grégoire Delacourt, La femme qui ne vieillissait pas, Le livre de poche, 2018, 220 pages.

Retrouvez les conseils de lecture de Sophie Lizoulet sur son groupe Facebook “Lire, le voyage immobile”.

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