50 ANS L’ÂGE DE LA NOSTALGIE ?

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© roman-kraft-Unsplash

Emotion, sentiment, coup de blues… La nostalgie ne s’enferme pas dans une définition simple. Traduite sommairement par “c’était mieux avant” elle convoque le passé pour sublimer ou fuir le présent. Peur du changement ou refuge naturel du mental cet état semble universel. Pourtant on le considère souvent comme le marqueur d’une génération dépassée.

Avec ses racines grecques nostos (revenir) et algie (douleur) la nostalgie est éthymologiquement un état de mal-être. En 1688, Hofer, un médecin suisse désigne ainsi  un syndrome, l’obsession douloureuse de retourner au pays d’origine. Une tristesse associée à une forme de léthargie envahissait les jeunes soldats suisses éloignés de leur patrie. Ce qu’il qualifie de “dérèglement de l’imagination” fonde une littérature de genre. Dans “La nostalgie dans tous ses états” l’auteur cite Kundera pour qui Ulysse incarne le héros d’une “épopée fondatrice de la nostalgie”. Le “mal du pays” n’est pourtant pas guéri par le retour sur la terre natale. L’insatisfaction demeure.

 

Nous portons en nous notre enfance et son environnement. Celle-ci forge ce que nous devenons à l’age adulte. Cela peut être vu comme de la nostalgie. Mais c’est plutôt notre richesse intérieure qui nous permet de vivre pleinement le présent. Accueillir ce que nous sommes (notre expérience de vie) n’est pas de la nostalgie. Mais un moyen de cheminer en paix avec soi-même. Elizabeth.

 

L’enfance et l’environnement construisent la nostalgie

Installée depuis plus de 30 ans au Canada, Elizabeth a quitté la France à 20 ans. Alors qu’elle parcourait une exposition sur les émigrants au musée des Beaux Arts une oeuvre l’interpelle. Nous entrions dans un couloir sombre et concentrique. Puis au détour du parcours, une fenêtre donnait sur la colline du parlement Canadien [pays d’adoption]. À nouveau nous étions plongé dans l’obscurité puis au cœur de l’œuvre nous pouvions voir une fenêtre donnant sur le Kremlin [pays d’origine] avec des journaux en cyrillique au sol montrant que des travaux de peinture étaient en cours et une vielle radio qui crachotait des chants russes”. Elizabeth y voit une illustration de la nostalgie. “J’ai trouvé que cet artiste avait capturé très justement ce sentiment qui m’habitait. Nous portons en nous notre enfance et son environnement.”

La nostalgie est un territoire

La nostalgie serait un territoire calé entre le passé et un “ailleurs”. Le philosophe Jankélévitch évoque “un aller retour” entre ces deux pôles. Pour Véronique il s’agit “d’ une cachette où l’on se réfugie de temps en temps. Et ça fait du bien si on sait retourner au réel du présent”. Concrètement il suffit d’une tablée familiale pour que cet étrange voyage se produise. Et c’est la génération la plus âgée qui s’y colle. Le souvenir d’un week-end  convoque un fou rire collectif resté mémorable. Isolé dans le flux de notre disque dur le passé est repeint de couleurs fraiches. “La nostalgie est un mot universel se référençant à un état émotionnel dans lequel on désire ardemment un passé idéalisé” explique l’historien David Lowenthal. Alors pourquoi cet état semble négatif ?

 

Nostalgie de ce qui a été et qui ne sera plus. Mais aussi soif des découvertes de demain. Je pense que le plus dur est de vivre pleinement le présent plutôt que de toujours chercher à anticiper l’avenir. Nora

 

La nostalgie obstacle au présent

Convoquer le passé serait la preuve d’une incapacité à vivre dans le présent. “La nostalgie empêche d’avancer et de regarder devant ! Ce qui a été ne peut plus être. Il faut regarder droit devant et se souvenir des belles choses” estime Nathalie. Pourtant le présent est vécu de façon plus intense pour peu que les souvenirs soient réactivés. Le psychiatre et psychothérapeute Christophe André note que le renforcement des souvenirs heureux permet de réaffirmer notre identité. “Grâce à elle nous retournons vers le présent”. Dans un monde en mouvement perpétuel la nostalgie serait un échappatoire à la pression collective. Et fantasmer le passé corrigerait le présent insatisfaisant et la crainte du futur. “Vivre avec son temps c’est vivre longtemps, pleinement” résume Sophie 48 ans “pas nostalgique du tout”.

Sublimer le passé

La fameuse “madeleine de Proust” concentre les souvenirs olfactifs pour replonger dans le monde de l’enfance. Quitte à les enjoliver. La nostalgie ne peut s’empêcher de réécrire l’histoire. Et c’est là que la mise en abyme de la mémoire provoque l’insatisfaction. Car retrouver l’émotion liée à un lieu où l’on a vécu un moment fort frise le miracle. Contexte différent, modification des perceptions, le “revival” n’a jamais la même saveur. Pourtant la génération des “quincados” (contraction de quinqua et d’adolescent) serait adepte d’une “nostalgie active”. Le psychanaliste José Polard questionne. “Miroir, miroir, suis-je toujours belle/beau”? Revivre le tempo de l’adolescence serait le refuge de l’irréversibilité du temps qui passe.

Humeur mélancolique pouvant être provoquée par un objet, une scène, une odeur, ou par un morceau de musique”  la nostalgie n’épargne pas les jeunes générations. Les marques l’ont intégré dans un marketing relationnel ainsi que le relate la Tribune. “Les marques qui (…) puisent dans leurs archives des années 1990, telles que Tommy Hilfiger ou bien Champion, sont particulièrement appréciées par les jeunes de la génération Z. Un enclin qui ne saurait être purement nostalgique, puisqu’il se porte vers une époque qu’ils n’ont pas connue”. 

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