VIES PRIVÉE ET PUBLIQUE : COMMENT LES FEMMES SONT DEVENUES DES MODÈLES POUR LES HOMMES

un nouvel humanisme entre les hommes et les femmes © aaron-blanco-tejedor
© aaron-blanco-tejedor

Le tsunami Weinstein ne constitue pas le fait divers de l’année. Il n’est pas seulement celui que l’on citera dans les papiers des 10 évènements marquant de 2017. Il est le déclencheur d’une profonde mutation de la société. A l’aune de la secousse qui a déclenché la parole des femmes où qu’elles se trouvent dans le monde, deux philosophes ont fait entendre leur voix. Camille Froidevaux Metterie, professeure de Sciences Politiques et Patrick Viveret, alter mondialiste se sont interrogés sur la quête d’un nouvel humanisme.  En ouverture de la journée « Le Parlement du féminin » ils ont livré une réflexion inspirante sur la nouvelle répartition des sphères du féminin et du masculin.

L’auteure de « La révolution du féminin » (2015) trace l’évolution du monde dans une division pérenne en Occident jusqu’au 20ème siècle. « Une sphère privée féminine et une sphère publique masculine » répartissent la société. Camille Froidevaux Mettarie constate que l’élan impulsée par les féministes de la seconde vague (mouvement de libération des femmes des années 1970) a conduit à « une dynamique d’émancipation » dont les conséquences redéfinissent les individus. « Nous vivons désormais dans un monde désexualisé où les individus ne se retrouvent plus assignés à des rôles et à des fonctions relatives à leur sexe mais où désormais un parcours de vie (…) se conçoit dans une perspective de plus en plus désexualisée et indifférenciée ». Nous sommes devenus des individus génériques. Affranchis de ces « assignations » à des rôles et des genres.

 

Les injonctions pesant sur les femmes et les hommes se dissolvent peu à peu et les délivrent des rôles et des représentations auxquelles elles et ils devaient souscrire depuis l’aube des temps.

 

Patrick Viveret évalue les mutations du féminin et du masculin sous le prisme du yin et du yang. L’essayiste leur octroie les attributs traditionnels de la philosophie chinoise. Si le yin du côté de la puissance créatrice marque le féminin, le yang ne devrait pas être synonyme de puissance dominatrice.  » Le yang est du côté de ce qui vous tourne vers le ciel. Il représente notre capacité d’émerveillement ». En la refusant les hommes se condamnent à utiliser leur puissance de domination à l’encontre de la puissance créatrice. Masculin contre féminin alors que la masculinité pourrait se vivre autrement. Camille Froidevaux Mettarie souligne que si la société a bien englobé le mouvement de féminisation, elle a moins fait attention à l’intrusion du masculin dans la sphère privée. Les hommes considèrent que l’investissement et l’épanouissement dans leur vie privée a autant d’importance que ceux qu’ils déploient professionnellement. « Ce sont les femmes qui comme des pionnières ont vécu cette dualité existentielle ». Elles ont vécu conjointement ces deux dimensions privées et publiques de leur existence et les hommes sont placés aujourd’hui devant ce même défi . « Eux aussi vont trouver la voie d’une forme d’harmonie qui soit autant privée que publique ».

 

il y a une fraction de la population masculine qui résiste à cette dynamique d’émancipation et d’égalisation des conditions féminines et masculines. Si je forçais un petit peu le trait je dirais que c’est presque bon signe. Un monde est en train de disparaître, le vieux monde patriarcal. Camille Froidevaux Mettarie

 

 

Après  les questions d’égalité et de parité, le combat des femmes se recentre sur leur corps. Terrain d’aliénation par excellence de la domination des hommes on voit surgir depuis une décennie des thématiques liées à la corporité des femmes. Notamment une irruption récente de la génitalité des femmes dans les débats de société. « Tout a commencé avec le combat d’un petit collectif féministe sur la baisse de la TVA sur les produits de protection hygiénique. Il y a eu une grande campagne sur l’endométriose, puis on a parlé du clitoris, de sa modélisation en 3D, de sa présence dans les manuels scolaires. La première échographie médicale rigoureuse date des années 90 ! le monde médical étant sur masculinisé, pendant très longtemps la médecine ne s’est pas intéressée à la génitalité féminine ». Pour la philosophe parler des violences obstétricales et gynécologiques a rendu aux femmes la conscience qu’elles avaient un corps sexué.

 

Nous avons au tréfonds de nos entrailles les motifs de notre émancipation.

 

Patrick Viveret achève de définir ce nouvel humanisme en incluant les revendications des femmes dans celles portées par les défenseurs de la planète. Féminin et écologie seraient du même ordre. « On considère la nature comme un pur objet à maitriser et à dominer. C’est ce que dit Descartes « soyons maitre et possesseur de la nature ». On a en fait le même rapport au sujet des femmes et de leur corps, ». Et de citer Bacon qui n’hésite pas à comparer la nature à une femme publique ! « Nous devons la mater, pénétrer ses secrets et l’enchaîner selon nos désirs« . Posture machiste et anti-écologique entretiennent un rapport étroit. Il donnera naissance dans les années 80 au mouvement éco féministe . Le philosophe constate l’émergence simultanée des questions de dérèglements climatiques et celles concernant le corps des femmes. « Si on lie les deux on comprend que les rendez-vous de l’humanité avec elle-même pose la question d’un nouvel humanisme : les femmes et les hommes sont confrontés à ces rendez vous critiques d’une humanité qui peut très bien disparaître ou régresser. A ce moment là il nous faut avancer simultanément sur les deux terrains ».

 

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