VÉRONIQUE LE BRIS HONORE LES RÉALISATRICES AVEC LE PRIX ALICE GUY

Véronique Le Bris ©Patrick Swirc
©Patrick Swirc

La première édition du prix Alice Guy créé par Véronique Le Bris  journaliste et  fondatrice du site cine-woman.fr a récompensé « Paris la Blanche » de Lidia Terki. Une action positive pour dénoncer le manque de visibilité des réalisatrices qui devraient encore une fois est absente ce soir du palmarès des « César ». Une occasion de remettre sous les feux des projecteurs la première femme cinéaste auteur de quelques 200 films. Et l’occasion de dénoncer les actions timorées de l’industrie du film français. Mot d’ordre : Réveillez-vous !

Elle n’en revient toujours pas de l’impact de son prix sur les médias. Sa démarche a pourtant commencé difficilement. Lorsqu’elle imagine un prix cinématographique pour mettre en lumière les réalisatrices de cinéma sa démarche ne suscite pas l’enthousiasme. « Je faisais partie de Sexisme sur Ecrans, un collectif qui oeuvrait déjà avant l’affaire Weinstein et mon site avait reçu un prix pour son engagement pour l’égalité homme femme ». A cette occasion elle rencontre Laurence Rossignol et entreprend la tournée des politiques pour « faire bouger les choses dans le cinéma ». L’accueil est frileux et prudent. « Ils attendaient que l’on propose quelque chose plutôt sous forme d’évènement ». L’idée du prix nait lorsqu’elle se rend compte qu’il n’y aura pas de réalisatrices nommée dans la catégorie meilleur réalisateur au César.

 

Comment on fait dans le cinéma français pour se bouger parce que jusqu’à présent personne n’a rien fait. C’est un déni complet ! Aux Etats-Unis il y a beaucoup d’associations très actives dans le cinéma qui ont l’habitude de lever des fonds.

 

Sur le site Ciné Woman Véronique Le Bris invite ses abonnés à voter pour l’un des 72 films réalisés par des femmes françaises ou francophone sortis en 2017. Sur les 150 réponses se dessine la sélection. La Belle et la Meute de Kaouther Ben Hania, Grave de Julia Ducournau, Aurore de Blandine Lenoir, Jeune femme de Leonor Serraille, Paris la Blanche de Lidia Terki. Dont acte. L’esprit souhaité est un mix entre le Goncourt pour « son annonce très simple », le Fémina et le prix Louis Delluc pour son côté coup de coeur. Sans président par choix le jury est strictement paritaire. « Dans les ministères on nous avait dit que s’il n’y avait  que des femmes on avait aucune chance de réussir » ! Et finalement c’est un avantage glisse Véronique Le Bris. « Les hommes n’allaient pas se sentir ni utilisés ni soumis à un diktat. La discussion serait plus ouverte ».

 

Alice Guy est l’icône remise à l’honneur de ce prix. Alice qui ? Véronique s’indigne à l’évocation de cette réalisatrice effacée de la mémoire du cinéma par les hommes. « C’est un vrai scandale » ! Première femme cinéaste au monde, elle est la secrétaire de Léon Gaumont. Invitée à la projection du premier film des frères Lumière, Alice Guy découvre l’infini potentiel des prémices du cinéma. Pionnière, elle invente la fiction avec  » la fée aux choux » trois mois après la séance parisienne de « La Sortie des usines Lumière à Lyon ». Devenue directrice de production (tant que cela ne nuit pas à son job de secrétaire) elle « invente toute la grammaire actuelle du cinéma ». Les gros plans, les effets spéciaux, les opéras filmés c’est déjà elle ! Encombrante, elle est envoyée aux Etats-Unis par Gaumont. Et crée loin d’Hollywood « la Solax » le premier studio de production américain. Toujours pas suffisant ! A son retour en France le cinéma ne voudra pas d’elle. Gaumont « oubliera » de l’inclure dans son bilan d’après-guerre.

 

 

Engagée Véronique Le Bris prolonge son focus sur le cinéma féminin en publiant le portrait de « 50 femmes de cinéma » (MAREST éditeur). « Je pensais que le milieu du cinéma allait se mobiliser pour les César ce soir, et faire autre chose que ce ruban blanc ».  Même si toutes les actions sont bonnes à prendre. Sur sa lancée la fondatrice du prix Alice Guy espère développer des partenariats pour la deuxième édition. « .  Véronique Le Bris a déjà reçu le soutien de European Women’s Audiovisuel Network (réseau de femmes européen) et le marainage de Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat à l’égalité Femme Homme. « Une instance cinématographique m’a appelée ce matin pour me demander comment il pouvait m’aider ». Sans réaction jusque là,  l’institution fait écho à la médiatisation du prix Alice Guy qui sera remis à la lauréate en avril prochain au cinéma Christine 21.

 

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