SI LE SYNDROME DE L’IMPOSTEUR N’EXISTAIT PAS ?

Le syndrome de l'imposteur ©andrew-loke
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Identifié pour la première fois en 1978 par Pauline Clance et Suzanne Imes, psychologues de l’Université de Géorgie (USA), le complexe de l’imposteur est une sensation qu’éprouveraient 70 % d’entre nous à un moment ou un autre de notre existence. Ce phénomène qui toucherait particulièrement les femmes « qui ont réussi » est qualifié aujourd’hui de syndrome. Faut-il l’envisager comme une véritable pathologie à traiter ou comme un comportement positif stimulant chaque nouvelle étape de la vie tel un rite initiatique salutaire ?

Conceptualisée par les chercheuses américaines dans un ouvrage de référence, le syndrome de l’imposteur se caractériserait par « un sentiment d’inauthenticité chez des personnes qui estiment qu’ils ne sont pas intelligents, capables ou créatifs malgré des preuves de réussite ». A l’époque, les psychologues se demandent pourquoi tant d’étudiantes brillantes et cultivées ayant réussi leur test d’entrée à l’université se sentent illégitimes. Elles établissent un questionnaire et attestent qu’il s’agit d’un phénomène genré qui ne concerne pas les hommes. Les femmes attribuent leur mérite ou leur reconnaissance à des facteurs extérieurs : la chance, une opportunité, être là au bon moment, une erreur de casting, des relations… mais jamais à leur compétence ou à leur intelligence. Les féministes s’approprient le concept pour justifier partiellement la difficulté des femmes à obtenir la parité dans le travail avec les hommes. L’ampleur du phénomène est telle que celles qu’on admire pour leur carrière n’y échappent pas. Insoupçonnable, Shéryl Sandberg, numéro 2 de Facebook aborde la question dans « Lean in » – en avant toute – (2013). « Les hommes dirigent toujours le monde. La domination masculine est partout au travail, dans ces salaires que les femmes négocient moins agressivement, ces mains qu’elles lèvent moins dans les réunions. Les femmes souffrent du syndrome de l’imposteur, d’un fossé dans l’ambition du leadership ».

 

Aujourd’hui, quand je reçois des compliments sur mon jeu, je me sens très inconfortable. J’ai tendance à me replier sur moi-même. Je me sens comme un imposteur. Emma Watson, comédienne.

 

 

Les signes qui alertent

Le symptôme s’exprime par des signes unanimement constatés. Un surinvestissement dans le travail frisant parfois le surmenage. « Control freak », une maitrise omniprésente pour ne prêter le flanc à aucune critique. La crainte d’être comparée aux autres le dispute à la recherche de challenges sous dimensionnés facilement réalisable. A l’inverse cette perception négative peut conduire à un auto sabordage orchestré en règle. Kévin Chassangre psychologue, auteur de « Traiter la dépréciation de soi, le syndrome de l’imposteur » (éd.Dunod) constate que certains se mettent volontairement en difficulté provoquant la réalisation d’une auto prophétie négative. Se tromper de ligne de métro le jour d’un entretien important ou ne pas entendre son réveil sont autant de stratégies inconscientes d’évitement. Une panique générale qui (é)puise des trésors d’énergie et fait concevoir des plans de contournement épuisants. Marjolaine Grondin, jeune entrepreneure fondatrice de JAM pointe des comportements édifiants lors de ses années d’études aux Etats-Unis. « Le syndrome de l’imposteur c’est me dire je suis bonne en rien mais excellente partout ! A Harvard par exemple il y a 5% des étudiants qui sont acceptés par erreur. J’ai demandé à des élèves mettez sur un papier ceux qui pensent qui sont là par erreur. 95% ont répondu qu’il s’agissait d’eux. On se dit je suis arrivée là par hasard et ça va être affreux quand on va s’en apercevoir ! C’est pour ça que j’ai découvert que dans l’entreprenariat on ne peux pas être là par erreur. Créer mon entreprise m’a permis pour sortir de ce syndrome de l’imposteur ».

 

J’ai écrit 11 livres mais à chaque fois qu’il faut écrire sur une nouvelle page je suis paralysée par l’idée d’être un écrivain dépassé et du passé ; que les gens réalisent enfin que je regarde un monde dans lequel je ne vis plus … Maya Angelou, poétesse, écrivaine et activiste américaine.

 

Mais tout le monde n’a pas l’âme d’une entrepreneuse. Alors comment s’en sortir ? D’abord en parler pour se rendre compte que ce symptôme est vécu par beaucoup. Et pas seulement par des femmes. Pauline Clance et Suzanne Imes tempèrent leur analyse et conviennent au début des années 90 que le phénomène concerne aussi les hommes. Kevin Chassangre explique « Ce point de vue résultait des stéréotypes encore prégnants à l’époque au sujet des femmes, comme ceux qui supposent leur incompétence dans le monde du travail. En fait, cela concerne aussi bien les hommes que les femmes, mais les femmes y sont plus sensibles car elles reçoivent moins de soutien. » Albert Einstein lui-même n’y pas y échapper. « L’estime exagérée dans laquelle on tient mon travail me met parfois très mal à l’aise. Il me semble quelquefois être un escroc malgré moi ».

 

 

Les expériences d’imposture

Le fait d’envisager cet état comme passager permet de changer de point de vue. Le syndrome de l’imposteur serait une prise de conscience que l’on est en train de franchir une étape importante de sa vie ( nouveau poste, études, promotion…) en prenant des risques. Il s’agirait d’un état de vulnérabilité normal dans un contexte compétitif à ne pas confondre avec un sentiment plus destructeur, signe de dépression ou d’anxiété profonde. De ce point de vue, Pauline Clance regrette le terme de syndrome et lui préfère celui d’expériences d’imposture. D’ailleurs parler d’un syndrome n’est pas exact au sens médical du terme souligne la journaliste L.V. Anderson de Slate. Ce n’est pas « un ensemble de symptômes causant une détresse intense ou empêchant une personne d’agir normalement ». Reconstruire la confiance en soi passe par la réalisation d’objectifs gradués. Mais le mythe de la perfection à la vie dure. S’en défaire en accordant moins de poids à nos échecs et plus à nos succès serait le début d’une ré estime de soi fondamentale.

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