SIMONE DE BEAUVOIR AU PANTHÉON DES ÉDITEURS

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36 ans après l’entrée de Jean Paul Sartre dans la Pléïade la prestigieuse collection consacre deux volumes à Simone de Beauvoir. Ses mémoires rentrent au Panthéon de l’édition. Au même moment les éditions des Saints Pères ont publié le 17 mai le manuscrit du Deuxième Sexe accompagné d’une préface de Sylvie le Bon de Beauvoir sa fille adoptive. Et d’une post face de  Leïla Slimani. Alors Simone de Beauvoir serait-elle l’incarnation d’un féminisme authentique qu’il faut relire à l’aune des récents combats portés par les femmes.

C’est la ressurection d’un manuscrit que Simone de Beauvoir pensait avoir égaré. Dans la préface qui accompagne le fac similé du « Deuxième sexe » publié cette semaine, Sylvie le Bon de Beauvoir évoque « une sorte de miracle ». Lorsque Simone de Beauvoir écrit son manifeste publié en deux volumes en 1949 elle a l’habitude d’écrire à la main. « En 1948 et 1949, Simone de Beauvoir travaillait une partie de la journée chez Sartre, rue Bonaparte. Ses premiers brouillons, elle les jetait à la corbeille par gros paquets, recopiant parfois à la main deux ou trois fois la totalité de ses textes (…) Or cette corbeille, des amis la visitaient, à son insu… » Après sa mort des fragments de manuscrits émergent lors de ventes publiques en Europe et aux Etats-Unis. « Par une surprenante suite de hasards » le manuscrit retrouve son intégralité.

 

Alors que notre époque connaît une véritable libération de la parole et s’interroge sur une éventuelle guerre des sexes il faut plus que jamais relire l’œuvre de Simone de Beauvoir

 

Parler à toutes les femmes

Les écrits de Simone de Beauvoir résonne avec l’actualité. La libération de la parole des femmes depuis l’affaire Weinstein fait écho à ses propos.  On ne naît pas femme, on le devient ». Cette phrase mantra d’une oeuvre révolutionnaire à l’époque englobe la philosophie féministe du « Deuxième sexe ». La genèse de ce récit nait d’un désir de parler d’elle-même. Elle examine « les possibilités que ce monde offre aux femmes celles qu’il leur refuse, leurs limites, leurs malchances et leurs chances, leurs évasions, leurs accomplissements ». Son oeuvre suscite de violentes critiques tant elle déconstruit le mythe de l’inégalité homme femme. Sur la liste des ouvrages interdits par le Vatican le « Deuxième sexe » devient une référence pour les générations suivantes de femmes.

Un engagement féministe moderne

Le « Deuxième sexe » est selon l’expression de Sylvie Le Bon de Beauvoir une « Arme libératrice » non seulement pour les femmes qui souhaitent s’émanciper. Mais aussi pour les hommes. « C’est donc ensemble que les deux sexes doivent se libérer des stéréotypes de genre qui leur ont été imposés par une tradition ancestrale ». Le féminisme de Simone de Beauvoir daterait de 1970 époque à laquelle elle s’engage dans l’action et le mouvement de libération des femmes. La modernité de son analyse en fait une icône intemporelle. Léïla Slimani écrivaine franco marocaine alors âgée de 16 ans décrit sa révélation à la lecture du manifeste. « J’ai deux sœurs et, souvent, j’entends les gens plaindre mon père de ne pas avoir de garçon. Ils font des plaisanteries et cela ne me fait pas rire ».

 

À Rabat, je ne me promène pas dans les rues. Je ne vais pas dans les cafés. Les seuls cafés que je connais sont ceux des romans que je dévore et qui m’offrent un horizon immense, sans limite. Dans un livre, je découvre une photo de Simone de Beauvoir. Elle est assise à une table, dans l’arrière-salle du Flore. Ses cheveux sont sagement retenus en chignon, elle porte une blouse élégante et son visage est baissé. Devant elle, il y a une haute pile de livres. C’est la première fois que j’entends parler d’elle. Je lis qu’elle est une intellectuelle, une personnalité indépendante qui, adolescente, ose dire à une de ses amies qu’un jour elle sera « une auteur célèbre ».

 

Les clés de l’émancipation féminine

Les écrits de Simone de Beauvoir n’ont pas pris une ride grâce à la dimension sociétale qu’elle révèle. Ainsi l’éducation reçue par les jeunes filles marocaines soumet les femmes à une dimension quasi exclusivement maternelle. Cette universalité est dénoncée par l’auteure « Des mémoires d’une jeune fille rangée ». Léïla Slimani l’évoque en écrivant le soulagement ressenti à l’évocation du rôle domestique immanent dévolu depuis des siècles aux femmes. « La modernité de Simone de Beauvoir réside aussi dans le fait qu’elle avait pressenti que la femme indépendante serait une femme déchirée ». Les luttes féministes actuelles convergent sur une idée qui bat en brèche la guerre supposée que les sexes se livreraient. « Affranchir la femme c’est refuser de l’enfermer dans les rapports qu’elle soutient avec l’homme, mais non les nier ».

« Le deuxième sexe » éditions des Saints Pères – 1000 ex. numérotés – 180€

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