LAURÉLINE KUNTZ : DU SLAM À LA WEB SÉRIE « ACTRISS »

Laureline_Kuntz_web_serie_The_Actriss
©DR

A force de catcher avec les mots elle est devenue championne de France de Slam, discipline de joute oratoire poétique et percutante venue des Etats-Unis. Lauréline Kuntz, auteure, humoriste et comédienne s’attelle à l’écriture d’ « Actriss »  web série qui décline l’impitoyable univers des comédiennes. Le premier épisode est en ligne et c’est une réussite. Interview.

 

Quel est le propos de cette web série « Actriss » ?

Actriss, c’est presque actrice. C’est un trait d’humour sur ce statut et ce nom très pris au sérieux.  Ce sont toutes les choses universelles qui touchent les actrices et aussi les femmes en général. A savoir comment on vieillit professionnellement, comme on le vit dans ce milieu là. Et puis comment on fait quand on a un enfant. Ce sont des questions particulièrement aigues pour les actrices. A chaque fois qu’on a un enfant c’est fini et deux on ne peut même plus travailler ! Toutes ces problématiques me touchaient beaucoup.

 

Actriss, c’est presque actrice. C’est un trait d’humour sur ce statut et ce nom très pris au sérieux. Et puis en lien avec mon parcours…

 

C’est assez décalé par rapport à votre univers d’origine ?

Ce ne sont pas des sujets que j’avais abordés. Je suis championne de France de slam. Je fais beaucoup de one man show assez engagé et assez cru.

Il y a beaucoup de clichés sur le slam ?

On voit des hommes très manichéens genre : « la guerre c’est pas bien, le mal c’est mal et la mort ça tue » ! Mais moi j’ai vu un vivier d’artistes. Mais ce qu’on met en lumière sont ceux qui parlent au plus grand nombre et peut-être qu’ils sont plus fédérateurs aussi.

Comment vous êtes venue au slam ?

Par accident. Je faisais une fac de théâtre et j’écrivais déjà un petit peu. Et j’ai un ami qui m’a dit viens voir il y a des soirées slam ça va te plaire ! J’y suis allée et j’ai trouvé ça formidable. La première fois c’était au café chéri à Belleville. Le cabaret Culture Rapide est le premier lieu à avoir importé le slam des Etats-Unis et les tournois. On y va comme à un match de box pour dire le texte qu’on a écrit.

C’est cette énergie qui vous plaisait ?

Oui beaucoup. A chaque fois il fallait un texte nouveau. Ce qui est différent du jeu où il y a une répétition. J’aimais beaucoup la performance unique. Une fois passée j’étais prête à jeter le texte !

Dans ce premier épisode « L’âge de l’actrice : dépression » vous incarnez une comédienne de 50 ans. Pourquoi ?

Ce sujet me pose question. L’association des Acteurs et Actrices de France (AAFA) a fait un manifeste sur le tunnel de la femme de 50 ans. Je n’avais pas pensé à elles lorsque je l’ai fait. Mais à une femme qui m’avait dit « je suis devenue invisible » et je trouve ça terrible ! J’ai eu 38 ans la semaine dernière et je ne vais pas m’arrêter à un moment de vivre parce que je n’existerais plus professionnellement.

 

Est ce que vous avez été confrontée à ce que vous racontez dans ce premier épisode ?

Très tôt. Cela concerne plus les comédiennes qui font de l’image. Moi je suis plus sur scène ça va j’ai un peu plus de temps ! A partir de 35 ans on a des rôles de mère. Quelques unes résistent ! Ce sont des OVNI mais celles là ont des corps d’enfant. Isabelle Huppert à un corps de petite fille qui ne fait pas peur aux réalisateurs. Elle n’a pas de hanches ni de seins. Moi je suis fine mais baraquée, j’ai un grand nez. Ça peut aussi effrayer ! Ce qui m’intéresse c’est de savoir à quel point on existe ou pas quand on a des enfants par exemple. C’est peut être des clichés que je questionne.

Alors d’où vient cette invisibilité ?

A force de ne plus représenter des femmes qui avaient des vrais visages on les a oubliées. Et puis il y a l’économie de marché pour que ce soit rentable. C’et un ensemble. Et c’est très cruel.

Combien d’épisodes avez-vous déjà écrit ?

J’en ai déjà une quinzaine avec des problématiques sur la chirurgie esthétique, l’algorithme de la grossesse chez l’actrice, celles qui prennent des mères porteuses pour ne pas s’abimer… J’espère qu’elles sont assez universelles.

 

Quand j’étais jeune je voyais ma mère à 50 ans qui avait une vie complètement épanouie. Aujourd’hui dans les médias et à la la télé et les femmes de 50 ans en pleine puissance sexuelle n’existe pas alors que j’en ai connu !

 

Comment vont évoluer les personnages de la série ?

On a fait un pilote et on discute de la suite. Au départ ça devait être une série d’animation. Parce qu’il y a beaucoup de fantasmes dedans et d’imagination. Le comédien va soit devenir mon mari pour tous les épisodes soit je change !

Ecrire une web série ça veut dire qu’il n’y a pas de place ailleurs pour s’exprimer ?

J’ai expérimenté un parcours particulier avec la poésie, des choses drôles mais en même temps littéraires. J’ai fait les choses que j’ai proposées. C’est mon coté entrepreneur, c’est ma façon de faire. Mais je vois aussi de gens qui se font désirer et ça marche. Mon parcours passe par l’écriture. Quand on est simplement acteur on passe énormément par le désir de l’autre et la projection de l’autre sur soi. Et là plein de choses entrent en jeu, du physique à l’histoire. Moi par exemple je suis mariée et j’ai une vie tout a fait normale je ne sais pas si ça fait rêver ! Quoique ! C’est tellement original dans ce milieu que ça finit par faire fantasmer !

Vous avez expérimenté la scène, la télévision avec Canal ce sont des projets qui sont toujours passés par l’écriture ?

C’est ma proposition. Avec « Actriss » il y a quelque chose de plus facile, j’espère en tout cas. J’ai eu du plaisir à jouer à partir du moment où j’ai pu défendre ce que je disais, ça allait ensemble. Maintenant j’ai du plaisir à jouer autre chose mais c’est récent. Le slam que je voyais il y a dix ans était engagé. Les gens venaient dire des choses qui leur tenaient a cœur presque politique.

Est ce que la télévision ou le cinéma vous propose des choses qui vous intéressent aujourd’hui ?

Non je vais les faire moi même ! Je vais accoucher en octobre mais ensuite j’ai un court métrage qui s’appelle « Gentil » en préparation. La encore ce sont encore des sujets qui vont de pair avec « Actriss ». Dans les deux tout ce que je raconte est vrai. Je pioche dans le vécu, ce que j’ai entendu, ce qu’on m’a dit. Il y a des épisodes sur des sujets actuels comme l’homosexualité, le rapport pouvoir argent.

 

Comment vous projetez-vous à 50 ans ?

J’ai beaucoup d’amies de 50 ans. Et je les trouve très puissantes et je ne comprends pas pourquoi on ne les représente pas. Quand on avance en âge on regarde la décennie suivante. Quand je vois toutes ces femmes je me dis ça va ! J’ai l’impression que c’est un entre deux de représentation qui est trop compliqué à percevoir. Je travaille avec la réalisatrice qui a la cinquantaine et la première question que lui a posé un collaborateur potentiel c’est tu es ménopausée ou pas ? Est ce que cette femme a encore du désir ou est encore une femme ? Avant cet âge et après ça va.

L’humour c’est la solution pour se faire entendre ?

C’est toujours pareil dès que les femmes prennent un peu la parole on les trouve trop véhémentes. Elles en font trop ! Donc je détourne beaucoup par l’humour parce que si je commence a avoir un discours engagé au premier degré on va me dire tais toi ! Et puis je suis aussi influençable. J’ai aussi envie de rester jeune et belle. Et je vois aussi les cheveux blancs, je me dis il faut les teindre. Je suis aussi paradoxale. Cela dit ce n’est pas d’une violence ultra forte de montrer une femme de 50 ans. Je pense aussi que c’est aux auteurs de trouver des rôles intéressants. Je suis une grande lectrice et j’ai toujours été choquée de voir que mes héros étaient à 99% des hommes blancs. J’œuvre aussi pour moi. Je suis solidaire de mes copines !

 

Propos recueillis par Sophie Dancourt

 

Laisser un commentaire

*