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ELLES ONT CHOISI DE VIVRE SANS ENFANT

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© alp-studio

Malgré le regard toujours suspect de la société  à leur égard les femmes que nous avons rencontrées assument leur choix. Agées de 46 à 69 ans elles témoignent de leur vie sans enfant. « Oui on peut être une femme même si on est pas mère » !

Avec plus ou moins d’insistance elles ont dû se justifier pour expliquer leur choix. « On me répondait il n’est jamais trop tard pour bien faire » raconte Isabelle, 49 ans. Une femme sans enfant reste pour la société un tabou lorsqu’il n’y a pas de cause d’infertilité. Et pourtant elles sont de plus en plus nombreuses à assumer une vie sans enfant. Une étude publiée par l’INED en 2017 comptabilisait 3% de françaises dans ce cas. « Une contraception efficace, un début de vie en couple et une arrivée des enfants plus tardifs, une instabilité plus grande des unions, le souhait d’avoir avant tout un emploi alors qu’ils sont de plus en plus instables, l’incertitude économique croissante : tous ces facteurs semblent favoriser l’infécondité ».

Ni égoïste ni immature

Rapidement taxées d’égoïstes ou d’immatures éprises de (trop ?) de liberté le choix de ces femmes tient autant à leur histoire qu’à un profond ressenti. Agnès, 46 ans, enseignante n’a jamais éprouvé le désir physique d’avoir des enfants. « Mon épanouissement passait par un métier qui me plaise ». Cataloguée comme « la femme bizarre de la famille » elle avoue que la question de la maternité s’est posée dans ses vies de couple. « Je me disais : je ne me vois pas avoir un enfant avec cet homme là,  jusqu’à ce que je me demande si je n’étais pas en train de fuir « . Françoise, 69 ans évoque aussi un accomplissement professionnel prioritaire. « Je voulais avoir un métier et ne pas me sentir ligotée par un enfant ». Une forte résonnance avec son enfance hors norme.

 

Un homme qui ne veut pas d’enfant est un futur homme qui voudra des enfants quand il aura trouvé la femme de sa vie. C’est un homme à convaincre… Il y a là une forme d’hypocrisie ! Isabelle.

 

Orpheline à l’âge de 18 ans, Françoise prend en charge l’éducation de son frère. » J’ai joué le rôle de protectrice. Je n’ai pas réalisé la vie que j’aurais pu avoir si j’avais été seule ». Toutefois lorsque la maternité arrive elle ne se sent pas prête. « J‘étais très jeune et j’ai avorté. J’ai pris conscience que je perdais cette possibilité d’avoir un enfant vers 38 ans. Et ça a été douloureux ». Son choix de vie assumé elle n’a pas eu à faire face à la pression de la société. « Peut-être parce que mon entourage connaissait mon histoire je n’ai jamais été vue comme la célibataire qui ne supporte pas les enfants » ! Un regard bienveillant absent du parcours professionnel d’Isabelle. « On m’a dit c’est pas normal ! Comme si j’étais moins compétente. Je l’ai ressenti comme une faille ».

« Ce non désir d’enfant est en moi depuis toujours »

Agnès refuse que son accomplissement passe par l’équation femme = maternité. « Ce non désir d’enfant est moi depuis toujours. Il fait partie d’une peur plus globale qui est celle de l’attachement. Un lien et une responsabilité pour toute la vie. » Pourtant vers la trentaine elle accepte l’arrêt de sa contraception pour faire plaisir à son compagnon. « Un mois après je suis enceinte. J’ai trouvé plein de prétextes financiers, professionnels … Et j’ai avorté ». Le présupposé instinct maternel interroge Isabelle. « La maternité ne va pas de soi. Je pense qu’on peut être mère avec d’autres femmes et avec des hommes ». Agnès confirme. « La maternité n’est pas innée et ce n’est pas parce qu’on est femme qu’on doit être mère ».

 

Comment imagines tu ta vie de femme sans enfant ? Ne pas être attendrie par les nourrissons ? Ce sont aussi des questions qui viennent des femmes. Il faut se justifier. Agnès.

 

« On se méfie d’une femme sans enfant »

Isabelle, Agnès et Françoise n’ont jamais douté de leur capacité à être mère. Mais leur besoin de transmission ne s’incarne pas dans un enfant. « On trouvait bizarre que je n’éprouve pas le besoin d’avoir quelqu’un qui me ressemble et qui me survive » raconte Agnès. Comme si renoncer à une descendance ôtait tout sens à la vie d’une femme. « Tout est pensé dans la société à travers ce prisme. On se méfie d’une femme qui n’a pas d’enfant «  assure Isabelle. Un constat fait également par Françoise. « Aujourd’hui quand on est une femme seule on est un peu discriminé. Au resto on est casé n’importe où » ! Pour Isabelle la différence de traitement se fait dans la vie professionnelle. « J’étais au rencard pour le choix des vacances ».

 

La transmission m’importe mais comme n’importe quel être humain. Le souci d’éternité je m’en fous. Françoise.

 

Toutefois Agnès estime qu’il y a de plus en plus de femmes qui refusent la maternité. « Ménopausée très tôt mon corps s’aligne a mes choix de vie et c’est un argument imparable ». Isabelle qui parait plus jeune que son âge nuance. « C’est pas forcément facile à dire. Je pense que la femme est encore très associée à la maternité ». Sans regret, Françoise constate qu’elle aurait pu mener une vie familiale et professionnelle. « Je croyais que si je voulais me réaliser professionnellement les enfants pouvaient être un handicap. Aujourd’hui j’aurais au moins trois enfants ».

 

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