UNE CAMPAGNE DÉNONCE L’IMPACT DES VIOLENCES VERBALES SUR LES ENFANTS

Photo by Paul Bence on Unsplash
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L’Observatoire de la violence éducative ordinaire – OVEO, et Stop VEO – Enfance sans violences ont lancé mardi sur internet et ce vendredi sur les chaines télé la première campagne grand public de sensibilisation sur l’impact des violences verbales prononcées par les parents dans l’éducation de leur enfant en France.

« Mais qu’est-ce que j’ai fait pour avoir un fils comme toi ?  » « De toutes façon, tu as toujours été plus lent que ton frère. » Ces petites phrases entendues dans l’enfance peuvent marquer durablement toute une vie. C’est leur impact sur le développement psychique et cognitif des enfants que pointe la campagne « Ces mots qui font mal ». Les deux associations montent au créneau pour alerter sur leurs effets dévastateurs. Dans la vidéo réalisée bénévolement par l’agence Publicis Conseil, la réalisatrice Camille Fontaine filment cinq adultes qui ressassent ces phrases terribles. Un traumatisme insoupçonné à la différence des violences physiques dont les conséquences sont immédiatement visibles. Pire, ces phrases sont justifiées au nom de l’éducation. « Ca évite de faire des enfants-rois », « ce n’est pas si grave », « sans ça les enfants risquent de mal tourner », « un enfant doit obéir, point !« . 85% des parents disent pratiquer la violence éducative. Plus de la moitié d’entre eux frapperaient leurs enfants avant l’âge de deux ans.

 

Les associations demandent de nouveau et comme une priorité absolue, une loi civile d’abolition des punitions corporelles et humiliations dans l’éducation des enfants, dans la famille et tout autre lieu de garde, de soin ou de protection.Pour une majorité de Français, ces pratiques éducatives ne sont actuellement pas perçues comme de la violence. Dites « légères », ces violences font partie des mœurs de notre société et sont le plus souvent admises par tous (parents, professionnels, juges…).

 

Définie comme l’ensemble des pratiques cœrcitives et/ou punitives utilisées, tolérées, voire recommandées dans une société pour « bien élever » les enfants la violence éducative ordinaire (VEO) conduit à une impressionnante liste de dégâts. Maux de ventre, de tête, agressivité accrue, repli sur soi, suicide… jusqu’à un accroissement des cancers, troubles mentaux ou dépression à l’âge adulte. Les associations initiatrices de la campagne pro actives pour l’interdiction de la fessée rappelle que la France fait partie des 5 derniers pays (Belgique, Italie, République tchèque, Royaume-Uni) de l’UE a n’avoir pas signé la loi d’abolition des châtiments corporels. « à partir du moment où le parent ou le professionnel prend conscience que le moyen qu’il emploie pour modifier le comportement de l’enfant est violent, il y aura alors de moins en moins recours et se tournera vers de nouvelles postures éducatives. » rappellent les associations.

 

 

Pour Anne Laure Buffet, coach et thérapeute spécialisée en violence intra familiales et conjugales le recours à la loi « n’est pas une prévention mais une mesure répressive qui, si elle est connue et comprise, ne va pas fondamentalement changer consciences et compréhension. mais obliger sans vraiment savoir pourquoi à faire attention, non pas à l’enfant, mais à ne pas être « puni » par la loi…  » Elle regrette par ailleurs que le spot ne soit pas assez explicite. « On voit des adultes répéter des mots… est-ce des mots entendus enfants ? Il faut presque attendre la fin du spot pour comprendre. De plus la campagne tout autour de la VEO est, de manière générale, passée assez inaperçue. Et le terme même de VEO n’est pas connu. Nous somme bien loin des dispositifs et des méthodes, entre autres, de nos voisins scandinaves, chez qui l’enfant est depuis longtemps traité comme une personne à part entière. Une fois de plus, et surtout pour ceux qui ne connaissent pas ce sujet, on montre de enfants devenus adultes.Pas des enfants. S’il est certain que la VEO impacte une vie, cette vie commence dès le plus jeune âge… et c’est dès ce plus jeune âge qu’il aurait fallu commence cette campagne.

 

Tout le monde sait élever des enfants sauf ceux qui en ont – Jerry Lewis

 

Si les associations initiatrices de la campagne se focalisent sur l’aspect législatif, la thérapeute souligne la nécessité d’un travail au long cours auprès des parents. « Un accompagnement thérapeutique individuel et familial est nécessaire, mais il faut qu’il soit volontaire et compris, et non contraint. Il faut un vrai changement de conscience, une nouvelle compréhension non seulement de ses actes et de ses paroles, mais de leur portée immédiate, et à long terme… Il faut donc pleinement être lucide sur son rôle de parent, sur sa place, sur les droits et devoirs que cela implique ».

 

Y a t’il donc un conseil ou une liste de conseils et d’aides uniques à fournir aux parents ? Non. Il faut prendre en compte le système familial, le parcours de chacun, l’intérêt de chacun…

 

La campagne filme des adultes traumatisés par la répétition de phrases assassines véritable mantra négatif. Anne Laure Buffet évoque la reconstruction de ces enfants. « Elle implique de comprendre la cause de sa souffrance, de ses échecs, d’une répétition de violence éventuellement. Elle nécessite un travail et une remise en cause et dans cette remise en cause, les parents, c’est à dire le regard que l’enfant porte sur ses parents, va devoir se modifier. n accompagnement thérapeutique le plus souvent que cette démarche est possible, en autorisant les enfants victimes à s’exprimer, à parler d’eux, à reconstruire un « je » qui leur appartient pleinement, qui ne soit pas dans l’opposition ou dans la révolte mais dans une démarche positive pour soi-même. C’est un travail sur l’estime de soi et al confiance en soi qui, très souvent amoindrie voir inexistantes, doivent être consolidées… ou construites ».

Anne Laure Buffet – Site Internet : Et si l’on parlait de vous ? « Victimes de violence psychologique – De la résistance à la reconstruction » Editions Le Passeur (2016)

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